Noyades: Faut-il verbaliser les baigneurs imprudents ?

Le débat fait rage autour de la sécurité des baigneurs en plein cœur des vacances d'été. Beaucoup sont là "pour profiter de l'eau" et ignorent les consignes des sauveteurs.

Noyades: Faut-il verbaliser les baigneurs imprudents ?
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AFP

Faut-il verbaliser les baigneurs imprudents? Le débat prend corps à la suite d'une série particulièrement meurtrière de noyades depuis fin juillet, qui conduisent les pouvoirs publics à multiplier les appels à la prudence et à la responsabilité.

C'est le préfet de l'Hérault, Pierre Bousquet de Florian, qui a d'abord focalisé l'attention: dans un courrier adressé aux treize maires du littoral de son département rendu public vendredi, il les invitait, si nécessaire, à mettre à l'amende les "vacanciers en situation d'infraction (...) pour non respect des règles de sécurité (...) lorsque le drapeau rouge est hissé".

Les plages de l'Hérault (Sud de la France), "spot" touristique très fréquenté, venaient il est vrai d'enregister un bilan "hors norme" selon les pompiers: 7 morts par noyade pour la seule journée du 28 juillet, alors que le drapeau rouge était sorti en raison de vents violents.

Ce courrier connut un impact médiatique retentissant durant tout le week-end, au point de surprendre la préfecture elle-même. Le directeur du cabinet, Frédéric Loiseau, expliquait ainsi que le préfet insistait avant tout sur la "prévention", tout en rappelant simplement la possibilité d'une amende pour "les plus récalcitrants". Le maire de Palavas, Christian Jeanjean, s'interrogeait, lui, sur l'application d'une telle mesure: "allez verbaliser qelqu'un dans l'eau en maillot de bain, lui demander son identité...".

Depuis, 16 nouveaux décès par noyade ont été comptabilisés en France de vendredi à dimanche, en mer, en rivière, ou sur des plans d'eau.

De quoi relancer la question des amendes, même s'il est beaucoup trop tôt pour dire si cette saison estivale est plus meurtrière que les précédentes. Depuis début juillet, 91 personnes se sont noyées en France, dont 37 sur le littoral selon le ministère de l'Intérieur.

Sur RTL lundi, la ministre du Tourisme Sylvia Pinel n'a pas écarté un recours à la verbalisation des baigneurs faisant fi du drapeau rouge. "Cela peut passer par là, mais je souhaite surtout qu'il y ait une prise de conscience collective", a-t-elle déclaré.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, ne devrait pas manquer lui aussi de s'exprimer sur cette question mardi lors d'un déplacement à Cannes où il visitera notamment le dispositif de surveillance des plages. A Mimizan-Plage le 1er août, il l'avait abordée prudemment, estimant que cette piste n'était pas facile pratiquement.

Un "bilan tragique"

Dans un communiqué dimanche, ses services évoquaient en tout cas un "bilan tragique" depuis le 1er juillet "en grande partie dû à l'inobservation des règles élémentaires de prudence et des consignes (...) conjuguée à des conditions météorologiques particulièrement défavorables".

Même le syndicat policier Alliance s'est invité au débat lundi, pour dénoncer le manque de policiers sauveteurs sur les plages, bien que la cour des comptes, dans un rapport publié en novembre 2012, ait jugé ce dispositif "irrégulier et inéquitable", leur répartition ne répondant pas "à des critères objectifs". Et le syndicat de citer les chiffres: le nombre de maîtres nageurs sauveteurs issus des CRS en poste durant trois mois serait passé de 720 en 2002 à 471 aujourd'hui.


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