Le défi "qui confond séduction et harcèlement de rue"

Dans une vidéo postée sur Youtube, un Français se met en scène abordant des jeunes femmes. Il leur pose 3 questions puis les embrasse, qu'elles le veuillent ou non. Objectif : montrer qu'on peut séduire une fille en quelques secondes. Le défi suscite la polémique.

Le défi "qui confond séduction et harcèlement de rue"
©Printscreen
Rédaction en ligne

"Choper une fille trois questions", c'est le titre de la vidéo de l'animateur de NRJ, Guillaume Pley. Objectif : montrer qu'on peut embrasser une fille en quelques questions. On le voit aborder les filles avec culot et demander : "T'as un copain ? Tu me trouves comment ? Et pourquoi tu ne m'embrasses pas ?".La majorité des filles présentées dans la vidéo l'embrassent. Certaines filles se montrent plus résistantes mais il insiste : "Un petit bisou sur la joue", "Maispourquoi tu ne m'embrasses pas alors ?... Et il réussit son coup.


L'animateur n'a rien inventé. Il y a quelques mois, un Américain avait testé la technique outre-Atlantique récoltant 17 000 000 de vues sur Youtube.

Les vidéos sont bien sûr le résultat d'un montage mais le message semble clair : présenter une tactique irréprochable pour draguer les filles. S'il récolte un grand succès sur Youtube avec plus de deux millions de vues, le défi a provoqué l'ire des journalistes du site engagé pour la cause des femmes Mademoizelle.com, qui publie un long réquisitoire dans un article intitulé "Guillaume Pley, l'agresseur aux millions de vues"

"il n’y a rien de novateur dans sa technique qui confond séduction et harcèlement de rue",écrivent-elles, "on constate sur la vidéo de Guillaume Pley qu'il se passe volontiers du consentement de la jeune femme, puisque plusieurs répondent clairement 'non' à sa quatrième question. Qu'importe, il plaque quand même sa bouche sur la leur, en leur tenant la tête avec les mains au besoin. C'est charmant. Et totalement répréhensible, excusez-nous de le souligner." Et de se référer à l'article L-222-22 du Code pénal : "Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.'" "ll est grand temps d’arrêter de considérer que les filles sont des lots à gagner, des "objets" de désir. Nous sommes des êtres humains et nous revendiquons le droit de faire jeu égal dans la séduction. Cette vidéo, et l’approche qu’elle encourage entretiennent des mythes sexistes et violents " déplore Madmoizelle.com.

D'après le quotidien français Le Figaro , le collectif Osez le féminisme a décidé de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui dispose depuis un an d'une commission sur l'égalité homme-femme, sur cette question . "C’est encore une fois un programme, diffusé sur une chaîne de grande écoute, complètement sexiste et qui banalise le fait de se jeter sur une inconnue et l’embrasser sans qu’elle soit forcément d’accord. Comme si on pouvait accéder à une fille sans son consentement" , dénonce la porte-parole du collectif, Julie Muret.

Si le problème du harcèlement de rue est combattu depuis de nombreuses années par les associations, le documentaire de la réalisatrice belge Sofie Peeters filmé en caméra cachée à Bruxelles avait fait éclater le problème au grand jour, provoquant de nombreuses réactions et témoignages. D'autres initiatives ont vu le jour depuis sur le web en vue de de combattre ce "sexisme" quotidien. C'est le cas par exemple du blog Paye ta schnek qui compile les pires phrases de drague entendues afin de faire prendre conscience de la réalité du sexisme et d'encourager les femmes à en parler.

"Ca peut paraître un petit peu brusque"

L'animateur de NRJ a réagi à l'antenne, expliquant qu'il ne voulait en aucun cas choquer. "Alors je voulais juste faire un petit point là-dessus en deux secondes : il faut évidemment pas refaire ça chez vous parce que c’est vrai que je l’ai pas assez signalé", précise-t-il. "Ça me semblait logique que c’était pas un truc à faire dans la rue parce que nous on fait ça euh… on est bien élevés et pour ceux qui connaissent l’émission, on est des mecs plutôt gentils". Il explique ensuite que les jeunes filles accostées dans la rue ont toutes donné leur consentement pour passer dans la vidéo : "Je voulais juste vous dire que toutes les filles ont signé une autorisation pour le passage quand même, parce que j’ai vu qu’il y avait des messages. Alors au début c’est vrai que ça peut paraître un petit peu brusque, surtout la première", a-t-il dit à l'antenne. "Elles ne l’ont pas du tout pris comme une agression".

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