Je me sens prêt à être père !

Les hommes expriment de plus en plus leur envie de paternité.

A.D.

À l’heure actuelle, les hommes expriment plus qu’auparavant leur désir d’enfant. Décryptage et explications de notre psychologue, Sarah Galdiolo.

Le désir de maternité est souvent décrypté, développé par les experts, les médias ou encore par la littérature. A contrario, le désir de paternité n’est pas souvent évoqué. “Je suis fort étonnée d’observer que les recherches scientifiques abordent peu le désir de paternité. Cette absence de reconnaissance ne reflète pas son inexistence. Il y a une centration importante sur le désir de maternité qui occulte celui du père. Cela est dû au rôle biologique et social important de la mère. Pourtant, le désir de paternité est présent : un nombre important de pères ressentent le besoin d’avoir un enfant. Une étude récente a d’ailleurs montré que la période de formation initiale d’un couple active des zones cérébrales liées aux soins à apporter à un enfant et donc à la parentalité. Cette activité cérébrale est présente aussi bien chez la femme que chez l’homme”, explique Sarah Galdiolo, psychologue et actuellement en thèse de doctorat sur “la transition vers la parentalité”.

Mais c’est quoi être un père ?

Avant de parler du désir de paternité, il est utile de se pencher sur la définition de la figure paternelle. Cette dernière se décline de différentes manières. “Trois formes de paternité existeraient. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un miroir de la réalité mais de trois grandes tendances théoriques, selon la sociologue Anne Queniart“, déclare-t-elle.

Ces trois cas de figures sont la paternité traditionnelle, les “nouveaux pères” et enfin, la paternité faite de tensions identitaires.

Dans le premier cas, le schéma classique est respecté. “Le père est en fait le chef de famille et a pour fonctions celles de pourvoyeur et de protecteur. Au niveau émotionnel, ces pères expriment leur paternité par la fierté de donner une descendance et de s’inscrire dans une continuité intergénérationnelle. La relation à l’enfant n’a d’existence que dans le cadre familial”, développe la psychologue.

Dans le deuxième cas, “être père signifie avant tout être parent, c’est-à-dire quelqu’un dont la responsabilité est avant tout à l’égard de l’enfant et non de la famille. La famille n’est pas définie comme un tout mais bien comme un ensemble de relations interpersonnelles telles que la relation de couple, la relation coparentale, la relation des parents avec les enfants et la relation entre enfants. La paternité est davantage abordée de façon relationnelle plutôt qu’identitaire, c’est-à-dire qu’ils privilégient cette relation au statut de père que cela leur apporte. Ces pères favorisent donc une relation avec l’enfant de façon indépendante par rapport aux activités familiales“, continue Sarah Galdiolo.

Enfin, dans le dernier cas, “ il s’agit d’une paternité qui se cherche. Ces pères ne parviennent pas à se positionner entre la paternité traditionnelle et la paternité nouvelle. Ils se sentent écartelés entre les valeurs traditionnelles et modernes. Ces pères se sentent responsables de l’enfant mais concrètement, ils ne s’impliquent pas beaucoup ou de manière inconstante. Ces pères ont du mal à définir leur identité et leur relation à l’enfant”, poursuit-elle.

En fonction du type de paternité incarné, le désir d’enfant sera exprimé différemment. “On s’attend à ce que les pères traditionnels s’expriment moins de par leur rôle de pourvoyeur, devant maîtriser leurs émotions, étant plus dans l’action et la gestion de la famille que dans le ressenti. Du côté des nouveaux pères, on s’attend à une plus grande expression du désir de l’enfant de par sa libération des valeurs traditionnelles et de sa recherche du relationnel et du ressenti émotionnel. Ceci explique donc pourquoi on a l’impression que de plus en plus de pères expriment leur désir d’enfant. Il s’agirait ainsi davantage de “nouveaux pères” assumant un nouveau type de parentalité”, déclare Mme Galdiolo.

L'envie d'être papa naît aussi dans un contexte spécifique. “Les études montrent que les hommes ont besoin de deux choses : (a) une stabilité des liens du couple et (b) une stabilité professionnelle”, pointe-t-elle.

Je suis prêt !

Nicolas, 31 ans, est en couple depuis quelques années. Depuis un certain temps, il désire avoir un enfant avec sa compagne. “Autour de moi, je vois mes proches qui commencent à construire leurs familles. Cette constatation m’a révélé que j’avais moi-même tout doucement envie d’avoir la mienne. Je ne me suis jamais pris la tête à ce sujet, cela doit venir naturellement et sans angoisse”, confie-t-il.

Le jeune homme souhaite prendre son temps, de bien préparer la venue de son futur bébé. “Ma conjointe souhaite depuis longtemps être maman. Depuis qu’elle sait que je suis prêt à être père, elle est impatiente. Personnellement, j’ai d’abord préféré régler certaines choses, comme l’aspect financier, avant de lancer la machine. Je souhaite accueillir notre enfant dans les meilleures conditions possibles”, conclut-il, tout sourire.

Chaque homme aborde la paternité à sa façon, en fonction de son vécu et de ses expériences.