Le baby blues du papa, une réalité méconnue

Après l'accouchement, certains hommes sont sujets à des symptômes dépressifs.

A.D.

Un certain nombre d’hommes sont touchés par la dépression postnatale et peu en parlent. Décryptage et conseils de Sarah Galdiolo, psychologue.

Après l’accouchement, la majorité des femmes souffrent du fameux baby blues. Celui-ci apparaît sous deux formes. Tout d’abord, “il se présente habituellement entre le premier et le troisième jour suivant l’accouchement et se manifeste par des pleurs, de l’irritabilité, un manque de sommeil, des sautes d’humeur et un sentiment de vulnérabilité. Cet état peut durer plusieurs semaines et il semblerait que +/- 50% des mères vivent cette forme légère de dépression”, nous explique Sarah Galdiolo, psychologue.

Ensuite, “la dépression postpartum partage certaines caractéristiques avec la dépression majeure telles que l’humeur dysphorique, les troubles de l’appétit, du sommeil ou du fonctionnement moteur, de la fatigue et un sentiment de culpabilité. Toutefois, elle comporte certaines spécificités. Ainsi, les affects dépressifs augmenteraient le soir. Ces mères peuvent se sentir inadéquates et incapables de s’occuper de leur enfant et développent en parallèle de forts sentiments de culpabilité. Bien entendu, il ne s’agit généralement que de perceptions biaisées. Enfin, elles présentent une anxiété excessive à propos de l’enfant et en particulier à propos de son état de santé“, développe-t-elle.

Pendant cette période spéciale, l’attention de l’entourage est généralement focalisée sur la maman, laissant le papa un peu de côté. Malgré cela, dans les faits, les mères ne sont pas les seules touchées par le baby blues. Certains hommes révèlent qu’ils sont aussi sujets à ces symptômes dépressifs. Moins connue et moins étudiée que la version maternelle, “la dépression postnatale masculine est pourtant réelle, avec une prévalence de 10%. Certains symptômes sont similaires à ceux de la mère : inquiétudes, angoisses, changements d’humeur et insatisfaction dans le nouveau rôle de père. Par ailleurs, le père peut aussi ressentir une certaine irritabilité, de l’agressivité, voire de l’hostilité. Il y a un pic de dépression entre trois et six mois postpartum”, déclare notre psychologue.

“Papaoutai” ?

En effet, l'arrivée d'un enfant bouleverse le schéma familial et opère une série de changements qui sont parfois difficiles à gérer. “Ainsi, les partenaires doivent trouver un nouvel équilibre entre leur propre fonctionnement personnel et celui du couple et les caractéristiques du nouvel environnement impliquant le bébé. Par ailleurs, cet événement de vie ranime l’histoire d’attachement précoce à ses propres parents. Cela conduit les conjoints à réactiver les émotions ressenties vis-à-vis de leur première figure d’attachement, le plus souvent leur mère. Cela peut rouvrir certaines blessures. Enfin, les parents peuvent aussi osciller entre le pas de deux et le pas de trois. Ils sont amenés vers une triangulation et cette transition est parfois difficile à vivre, principalement chez les couples parentaux qui se sont montrés fusionnels avant l’arrivée de leur enfant. Se « défusionner » afin de laisser place à l’enfant peut être une épreuve difficile”, indique Mme Galdiolo.

Malgré l’évolution des mœurs et la mutation des rôles parentaux, la perception sociétale de la fonction paternelle empêche certains hommes d’exprimer leurs propres craintes. En effet, dans notre inconscient collectif, la figure du père est encore perçue comme la pierre d’assise familiale forte et inébranlable. “Par conséquent, ces papas pourraient vouloir masquer cet état de « faiblesse » et être réticents à parler de leurs problèmes et à rechercher de l’aide afin de respecter ce rôle. De ce fait-là, leur entourage risque de mettre plus de temps à identifier leurs difficultés et eux-mêmes risquent de ne pas aller chercher de l’aide auprès de professionnels”, commente-t-elle.

Souvent, il existe une corrélation modérée entre le vécu dépressif de la mère et celui du père. “Ainsi, les deux parents ont tendance à présenter tous deux ces symptômes dépressifs. En effet, la naissance de l’enfant n’affecte pas séparément l’homme et la femme mais bien conjointement. Or, lorsque l’on présente des symptômes dépressifs, il nous est difficile de soutenir notre partenaire”, affirme notre psy.

Pour sortir de cette spirale infernale, il est conseillé de consulter ensemble un professionnel, tel qu’un psychologue travaillant autour de la périnatalité. Cette thérapie permettra de développer une coparentalité positive et aidera chacun à vivre sereinement cette expérience unique.