Croisière Kamtchatka : en Tchoukotka, la vie est rude

Première sortie pour les croisiéristes de l'Austral : les zodiacs les ont fait débarquer à Enmelen, village perdu au nord de la province de la Tchoukotka. Choc des cultures... Reportage.

Croisière Kamtchatka : en Tchoukotka, la vie est rude
©Elodie Weymeels
Elodie Weymeels

Première sortie pour les croisiéristes de l'Austral : les zodiacs les ont fait débarquer à Enmelen, village perdu au nord de la province du Tchoukotka. Choc des cultures... Reportage.

Il n'y a rien. Pas une route qui le relie au reste du monde, pas un bateau qui vient le ravitailler régulièrement. Une usine qui produit de l'électricité sur la droite, des containers frigorifiques ça et là, des maisons comme des baraquements. Elles sont en bois gris-noir, attaqué, lavé par les embruns et s'alignent, en longueur et en hauteur. Un gros tas de charbon devant chacune d'elles permet de se chauffer.

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 Un homme ramasse du bois pour le mettre dans un side-car bricolé. On est là au "centre" du village.

A Enmelen en Tchoukotka, la vie n'est pas facile. L'expression « Il faut le vouloir pour habiter là » passe en tête... mais elle est très mal choisie. On ne choisit pas de vivre à Enmelen. On y naît et on y reste ou on file à Anadyr, la capitale de la région, un peu plus au Sud mais également perchée à flan de colline, donnant abruptement sur la mer. Une capitale qui n'a que 125 ans. De loin, elle semble riante, avec ses façades de toutes les couleurs : du jaune, du mauve, du vert, du bleu... Comme au Brésil ! Mais quand on débarque... on se rend vite compte qu'on est en Russie. La rigueur étatique y a toute la place. En ajoutant à ça une économie clopinante, on prend la mesure de la ville... De grandes places, de grandes rues larges, quelques arbres chétifs, une cathédrale orthodoxe en rondins, étonnamment un vaste musée jouxtant un centre culturel. Mais surtout des barres d'immeubles, pas très hauts mais surtout pas en bon état. Les couleurs gaies n'étaient donc qu'un cache-misère...

Vers 16h, des étudiants sortent du lycée qui drainent les jeunes de toute la région et des femmes montent vers le supermarché. Ici, il y a plus de motos, de gros 4x4 (avec le volant à droite pour la moitié d'entre eux) et de taxis que d'humains.

C'est pareil à Enmelen, où les motos japonaises vrombissent poursuivies par des chiens. Quand les hommes ne pêchent ou ne chassent pas, il faut bien s'occuper. Quant aux femmes, elle se réunissent souvent dans la plus vieille maison du village, pour y fabriquer des objets artisanaux, danser parfois ou chanter d'étonnants chants de gorge, assez... glaçants à écouter !

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 Des pêcheurs du village

Dans cette région géo-stratégique, l'oppression soviétique a été forte et longue. Les habitants, des tchouktches, koriaks, yupiks, y ont perdu pas mal de leur traditions pratiques (chasse, pêche, ...) mais pas leurs coutumes culturelles et traditionnelles qui constituent le lien.

Croisière Kamtchatka : en Tchoukotka, la vie est rude
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 L'intérieur de la maison d'Aka, une vieille dame tchouktche qui nous a invité à boire du thé. Pas d'eau courante mais l'électricité.

Derrière Enmelen, la montagne est à nu, presque hostile. L'impression de bout du monde persiste, où qu'on pose les yeux, surtout quand le soleil, qui avait pointé le bout de son nez disparaît soudainement. Un gros camion bleu d'un autre âge traverse le village en roulant vite dans d'immenses flaques noires. Un peu plus loin, des Tchouktches s'affairent près d'un container grand ouvert. Ils y rangent leurs armes, leurs harpons, leurs cordes.

Croisière Kamtchatka : en Tchoukotka, la vie est rude
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La pêche est finie, tant mieux, la mer forcit. En contrebas, l'odeur est forte qui provient d'une petite baraque constituée d'un toit et de grillages. Des morses évidés ont été cousus de haut en bas, à l'intérieur, de la viande, des abats. Et tout autour, des chapelets de viande noirâtres sèchent. En prévision de l'hiver, ces « panses » seront enterrées, à l'abri. Elles vont fermenter et seront une source appréciables de nutriments et d'énergie pour l'hiver.

La vie est rude en Tchoukotka et l'on sent que le peuple est à la mesure de cette rudesse politique et géographique.

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 Chasser, pêcher pour manger et passer le reste du temps à bricoler, faire de la mécanique, parler et... ne rien faire