KidZania, un parc d'attractions éducatif ? "Non, un produit de consommation détestable"

"Que ta journée soit productive" : ce slogan annonce directement la couleur. On peut l'apercevoir à l'entrée de tous les parcs d'attractions KidZania, dont l'un s'est récemment installé à Londres. Le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez se montre très critique.

Charlotte Maret (ST.)
KidZania, un parc d'attractions éducatif ? "Non, un produit de consommation détestable"
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"Que ta journée soit productive" : ce slogan annonce directement la couleur. On peut l'apercevoir à l'entrée de tous les parcs d'attractions KidZania. Il en existe déjà vingt dans le monde (Corée du Sud, Chili, Japon, Inde, ...). Récemment, KidZania s'est installé à Londres. Le premier en Europe. Durant 4 heures, des enfants de 4 à 14 ans ont la possibilité d'exercer 60 métiers (médecin, coiffeur, banquier, pompier, etc) dans un univers gigantesque de 7000 mètres carrés. Le parc a tout fait pour ressembler au monde réel. Ainsi, il y a de vrais lieux de travail comme une boulangerie, un restaurant ou un laboratoire de chimistes. Le but est de gagner un maximum d'argent. Les enfants peuvent s'offrir des cadeaux à la boutique de souvenirs avec l'argent gagné. Car en effet, le parc possède des devises virtuelles : les KidZos. 

Ce parc d'attractions est présenté comme un outil pédagogique qui prépare les enfants à la vie réelle. Pour Joel Cadbury, le président de KidZania Londre, "il s'agit d'ouvrir les yeux des enfants aux réalités de la vie". 

Outil pédagogique ou capitaliste ? 

Pour Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre et docteur en psychologie à l'UCL, il n'y a aucun doute, "c'est un produit de consommation détestable. D'une part, car l'argent est mis en avant et, d'autre part, par l'intégration des marques dans le parc", affirme-t-il. L'omniprésence des marques inquiète. A KidZania, les enfants peuvent être vendeurs chez H&M, pilotes pour British Airways ou changer une roue chez Renault, comme le montre un reportage diffusé par France 2 (voir ci-dessous). Pour les entreprises, c'est un bon moyen de sensibiliser à leurs marques dès le plus jeune âge. 

L'aspect pédagogique présenté par le parc d'attraction n'est pas adéquat pour les enfants, selon Jean-Yves Hayez. "Les loisirs sont importants pour eux. Mais ici, ils ne s'amusent pas de manière saine. C'est un grand mensonge qui conditionne les enfants aux marques et qui essaie de leur faire croire que cette réalité exposée est un bon système", estime Jean-Yves Hayez. KidZania tromperait donc les enfants. "Leur but est de montrer la vraie vie, mais ici, ils ne le font pas", rajoute-t-il. La notion de chômage ou les dessous du capitalisme ne sont pas inclus dans l'aspect pédagogique du parc. Le parc ne ferrait que renforcer l'identification au capitalisme et à la société de consommation plutôt que de permettre aux enfants un véritable moment de loisir, regrette le psychologue. 

Pourtant, apprendre la valeur de l'argent  aux enfants n'est pas une mauvaise chose. Cependant, selon Jean-Yves Hayez, "le parc n'apprend rien, il conditionne simplement les enfants à un mode de vie qui n'est pas réel". 

Les enfants ne sont pas dupes 

Quelles seraient les conséquences si un enfant se laissait conditionner par ce système ? "Il pourrait simplement se laisser piéger plus facilement dans les centres commerciaux par exemple", déclare Jean-Yves Hayez. Il poursuit :  "Je ne peux imaginer que les enfants deviennent accro à ce genre de loisir. Ils vont vite se désinvestir et finir par trouver ce parc d'attractions idiot. Ils vont réaliser que leur dynamique de l'argent est simpliste et ne colle pas à la vie réelle".