Etes-vous du genre control-freak ?

Etes-vous du genre control-freak ?
©imagebroker/Michaela Begsteiger/belgaimage
Isabelle Monnart

Un agenda au cordeau, une liste de course classée par thèmes, un calendrier des anniversaires, un autre des activités des enfants. Et des vacances programmées un an à l’avance : vous contrôlez tout. Trop ? Et qu’est ce que ça dit quoi de vous ? Ebauches de réponses.

Ils sont partout : dans la presse féminine, les séries télévisées, au cinéma. Même votre voisin(e) de bureau, en y regardant de plus près, pourrait appartenir à la grande famille de “control-freak”. En bon français, les “personnes obsédées par le contrôle”.

Pourtant, si le phénomène est aujourd’hui partout visible, s’il est médiatisé et, à bien des égards, rendu sympathique, il est aussi vieux que le monde. “L’intolérance à l’incertitude – qui est la traduction académique –, on en retrouve déjà la trace dans les écrits des philosophes grecs. C’est quelque chose de très ancien et c’est vraiment une caractéristique importante de beaucoup de manifestations anxieuses”, explique Pierre Philippot, professeur de psychologie clinique à l’UCL et responsable des consultations psychologiques spécialisées dans les troubles émotionnels. “Comme on est une espèce animale très anxieuse, ça préoccupe les philosophes, les médecins, les psychologues depuis des siècles.”

Et, non, notre société hyper connectée et compétitive n’a pas fait exploser le nombre de ceux pour qui le contrôle rassure. “Il y a des tas d’anecdotes dans l’histoire de personnes qui ont besoin de contrôler, de se protéger, de fermer les choses, de vérifier que les choses sont bien faites. C’est un comportement que l’on rencontre très souvent dans le trouble obsessionnel et dans l’anxiété généralisée. Ce sont des éléments que l’on voit dans toutes les cultures”, poursuit notre interlocuteur. “De manière générale, il y a une prévalence plus importante des troubles anxieux. En gros, il y a deux choses qui nourrissent l’anxiété : c’est le manque de contrôle – et là, on est directement dans votre sujet – et le manque de prévisibilité. Souvent, les gens essaient de contrôler les choses pour lesquelles il n’y a pas de prévisibilité, ou peu. Là, il y a une augmentation de l’anxiété. Mais pas particulièrement de l’aspect de contrôle, qui augmente avec le reste.”

Parmi les “causes” de cette montée de l’anxiété, le psychologue souligne, avec mille précautions, “la dissolution des liens sociaux de proximité.” “Plus la cellule familiale traditionnelle est changée (notamment avec le travail de la femme), plus l’anxiété de fait augmente. Ca ne remet évidemment pas en question l’égalité homme-femme ou l’égalité au travail. C’est simplement le fait que si l’on met d’autant plus de pression sur les cellules qui forment le tissu social et la relation sociale de base – dans beaucoup de sociétés, c’est la famille – fatalement, il y a désagrégation du sentiment d’être soutenu par des liens proches et une augmentation de l’anxiété. Laquelle va se traduire par une recherche de réassurance. Le contrôle est une des manières d’essayer de trouver de la réassurance.”


Ce dossier est à lire en intégralité dans le supplément Quid de ce samedi.

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