"Au travail, faites les choses que vous aimez et auxquelles vous excellez"

So.De.
"Au travail, faites les choses que vous aimez et auxquelles vous excellez"
©Johanna de Tessières

Le Belge Yvan Dierckxsens a eu une longue carrière dans les ressources humaines, comme patron de USG, société spécialiste RH dans le secteur financier. Il y a une quinzaine d’années, peu avant la quarantaine, fatigué, il a décidé de changer totalement son mode de vie, puis de fonder sa propre société de consultance, Idea 4U, qui travaille sur la motivation au travail.

Comprenez-vous ces travailleurs qui, au bureau, développent des stratégies pour échapper au boulot ? C’est de la paresse ?

Oui, je les comprends. Ce n’est pas de la paresse; ces gens ne sont pas passionnés parce qu’ils font. Si mon travail est ennuyeux, si je suis mal dirigé, si on ne me donne pas d’objectifs clairs et ambitieux, si je n’ai pas envie de discuter avec les autres, car je ne m’entends pas avec eux, je vais faire semblant de travailler devant mon ordinateur et rien ne m’empêche d’aller sur Facebook et de regarder des choses qui m’intéressent vraiment… Le sens des tâches à effectuer est essentiel. Si on ne prend pas le temps de montrer le pourquoi du travail, l’utilité, si on dit seulement : "fais ceci ou cela", ce n’est pas motivant. Souvent, dans les entreprises, on ne prend pas assez le temps d’expliquer le "pourquoi".

Outre cela, qu’est-ce qui fait qu’on n’a pas envie de bosser ?

C’est important d’avoir un travail qui vous donne de l’énergie, dans la vie professionnelle et la vie privée. Si vous faites les choses que vous aimez et dans lesquelles vous excellez, vous êtes motivé. Si vous faites des choses que vous n’aimez pas, ou si vous faites des choses que vous aimez, mais pour lesquelles vous n’êtes pas compétent et pour lesquelles on ne vous forme pas, vous serez démotivé.

Une autre chose fortement démotivante, ce sont les mésententes avec les collègues. Le fait que l’on dise du mal de vous quand vous n’êtes pas là est aussi démotivant. En revanche, si entre les collègues, il y a de l’amitié, une connivence, de l’entraide, du respect, là, les gens se sentent motivés.

En outre, il y a aussi l’absence de feed-back (positif ou négatif). Je rencontre énormément de personnes qui me disent : "je ne reçois jamais de feed-back." Mais les études montrent qu’il faut au moins un feed-back par semaine de vos collègues, chef ou clients.

Et le facteur le plus démotivant cité par les gens, c’est le chef ! On pense souvent que les gens sont démotivés car ils ne sont pas rémunérés. En fait, si quelqu’un a une augmentation, l’effet va perdurer pendant six semaines !

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui "évitent" de travailler ?

Pas de nouvelles stratégies pour faire semblant de travailler, non ! Mon premier conseil est de s’entretenir avec son chef direct, en lui disant "donne-moi des tâches passionnantes, que j’aime faire." Le grand problème, c’est que beaucoup de collaborateurs n’osent pas avoir cette confrontation avec leur chef, et parfois le chef non plus ! Ces personnes peuvent aussi faire un exercice et se demander : qu’est-ce que j’aime faire, en quoi j’excelle ? Quelles sont les choses qui me donnent de l’énergie dans ma vie professionelle ? Il faut dire à l’employeur "donne-moi ces choses".

Si ce n’est pas le cas, il faut prendre la décision de trouver un autre employeur. Tous les employeurs recherchent des gens motivés ! La peur de perdre son emploi explique le présentéisme : "je reste et je veux montrer que je suis là et que je travaille fort". Ce qui ne veut pas dire que je suis efficace...

Le plus grand frein à réaliser nos rêves, c’est la peur. Mais mourir d’ennui (le bore out) c’est mauvais pour la santé. Et cette négativité au boulot sera aussi transportée dans la cellule familiale.

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