Au Vivier d’Amarose, le chant de l’eau

Dans le Condroz, où coule paisiblement le Samson, un jardin autour d’un ancien moulin dialogue avec le paysage.

Au Vivier d’Amarose, le chant de l’eau
© MPV/MNC
Marie Pascale Vasseur et Marie-Noëlle Cruysmans

Depuis bientôt 20 ans, Bruno de Cartier est l’heureux détenteur d’un lieu hors du commun. Un moulin à eau datant de 1690, restauré en 1820 et en 1952, ancienne dépendance du château voisin de Faulx-les-Tombes dont les origines remontent au Moyen Âge.

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© MPV/MNC

À son arrivée, le potentiel exceptionnel du lieu se cachait fortement derrière des tristes sapinières fermant complètement les perspectives et l’environnement. Pas vraiment excitant pour quelqu’un qui s’apprête à commencer un jardin. Avec un père forestier et des petits boulots d’étudiant comme jardinier chez les voisins, il n’a pas peur du travail considérable qui l’attend. Nettoyer la parcelle de 4,5 ha, enlever les épicéas, planter des arbres indigènes, tels des aulnes et des chênes, – c’est une zone classée Natura 2000 -, et petit à petit retrouver la lumière. Elle seule peut pour un passionné de photo, mettre en scène un lieu magique comme celui-là. Petit à petit, avec discrétion, Bruno inscrit le jardin dans le paysage, crée des ouvertures notamment vers le château voisin et dessine une série de tableaux informels avec l’eau comme fil conducteur.

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© MPV/MNC

Le Samson et ses 3 biefs

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© Bruno De Cartier

La rivière et ses 3 biefs d’alimentation forment la trame de la composition. Le bief supérieur alimentant la roue, celui du milieu réduisant la pression sur le bief principal et le petit bief perpendiculaire mettant la roue à l’arrêt quand c’est nécessaire. Sources de vie, ils accueillent libellule, martin-pêcheur, héron, colvert, cincle plongeur ou sittelle mais aussi écrevisse, truite fario et saumonée sans oublier le brochet. Un havre exceptionnel de biodiversité.

Ici, on se prend à écouter les mouvements de l’eau qui, transparente parfois scintillante, coule paisiblement, froufroute ou dégringole à grands fracas dans les cascades… On la voit dans tous les recoins du jardin, elle est à l’origine de cette atmosphère enchantée. De nombreux ponts l’enjambent et donnent l’occasion de planter clématites ou rosiers alors que les berges sont envahies de filipendules, carex, iris, astilbes ou digitales.

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© MPV/MNC

Les abords du moulin

Les différents bâtiments sont regroupés autour d’une cour intérieure baignée par la lumière de l’est et de l’ouest. Recouverte de gravier clair qui rappelle la couleur des pierres du bâti, elle est rehaussée de pots en terre cuite, d’auge en pierre bleue colonisés d’agapanthes, d’alchémilles, d’Ibéris ou corbeille d’argent, campanules et lavandes qui se ressèment de manière charmante où bon leur semble.

Sur le côté de la maison, un parterre accueille le visiteur en toutes saisons. Parmi les boules de buis, apparaissent dès le début du printemps, bulbes et hellébores, puis, en mai, de somptueuses pivoines Itoh, hybrides entre les pivoines herbacées et les arbustives, relayées par des rosiers, Gaura ou lavandes.

De l’autre côté, le long de la façade, en bordure du bief, une terrasse minérale à laquelle on accède par quelques marches est, elle aussi, envahie de pots à la manière d’un délicieux cottage garden. Des semis d’alchémilles et de campanules s’en échappent et partent à la conquête des murets, déjà colonisés par la mousse, les fougères ou les fraises des bois.

Les jardins

Au vivier d’Amarose, les biotopes sont très différents, de quoi développer la curiosité du jardinier. Sur la colline, derrière la maison, une prairie sèche au sol composé de schiste, calcaire et basalte accueille des orchidées sauvages en avril, des coquelicots et marguerites en fin de printemps, et en été de l’origan parfumé ou des cardères, appelées souvent cabarets des oiseaux. Elle n’est fauchée qu’une fois par an pour préserver la biodiversité. De l’autre côté de la rivière, des prairies argileuses sont ponctuées d’arbres, tels des Ginkgo biloba, Liquidambar styraciflua, érables champêtres, tilleuls et un magnifique hêtre pourpre, pilier central du jardin. Également une foule d’arbustes comme les viornes, cornouillers, rosiers ou hydrangeas. Quelques îlots d’herbes naturelles et des nuées d’épilobes roses complètent ce tableau champêtre.

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© Bruno De Cartier

Dans les parterres jardinés, pas de collections. Bruno préfère simplement aider la nature et mélanger les plantes sauvages comme les fougères, primevères, filipendules ou géraniums indigènes avec des variétés horticoles. Le tout dans une gamme pastel avec des nuances de rose, gris, blanc et une pointe de pourpre. Pas de jaune, sauf au début du printemps. De-ci, de-là, un carré d’herbes aromatiques relevé de pavots, géraniums vivaces et anémones d’automne, un parterre en forme de cœur, le rond-point de la lune, un ancien verger dessiné par Jacques Wirtz en 1952, le banc encadré de roses pour recevoir les derniers rayons du soleil couchant… Sans oublier un jardin d’ombre installé sur un ancien terrain de tennis revenu à l’état sauvage et tapissé depuis 20 ans d’un amoncellement de feuilles mortes où poussent sans souci carex, Hosta, Rodgersia, Thalictrum ou astrances.

Biodiversité

Ici, pas de produits chimiques, fumier ou engrais. Tout est choisi en fonction du biotope, chaque végétal devant croître tout seul. Les nouvelles plantations sont couvertes de lave pour faciliter l’entretien, lutter contre les herbes indésirables et le gel en hiver tout en gardant l’humidité en été. Pour le reste, beaucoup de couvre-sol comme des tapis de perce-neige, géraniums, myosotis ou millepertuis et des plantations bien serrées pour limiter le travail du jardinier qui intervient le moins possible tout en peaufinant les bordures pour apporter un petit air net à l’ensemble. Une belle leçon de simplicité.

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© Bruno De Cartier

Jardins Ouverts de Belgique

Bruno de Cartier a repris cette année la présidence de l’asbl Jardins Ouverts de Belgique créée en 1994 par Jelena de Belder sous le haut patronage de la Reine Paola. Regroupés par province dans un agenda qui parait chaque année, les jardins sont classés selon différents critères et présentés d’une manière claire et précise. L’occasion d’une escapade jardinière près de chez soi. A l’époque actuelle, un grand bonheur. Pour se faire membre : www.jardinsouverts.be