L'urbex, comme si vous y étiez dans les lieux abandonnés et interdits en Belgique

Dans un livre fort, deux passionnées d’urbex et de photos ouvrent les portes de mondes disparus. Comme des tableaux.

L'urbex, comme si vous y étiez dans les lieux abandonnés et interdits en Belgique
©Céline Danloy et Delphine Buxant
E.W.

Il est sous-titré “Plongée photographique au cœur de lieux interdits et désertés”. De quoi avoir immédiatement envie d’ouvrir ce livre qui entraîne ses lecteurs dans les pas de Céline Danloy et Delphine Buxant, deux “urbexeuses” qui passent tous leurs dimanches sur des sites industriels désaffectés, dans des maisons abandonnées, des piscines sans eau, entre des murs d’églises ou de théâtres mangés par la végétation.

L’urbex a une aura de mystère qui attire mais cela se gagne ! C’est un petit monde discret où chacun cherche pour trouver, visite, photographie mais sans situer précisément. “Il faut remonter des pistes à partir de mots ou de dates, chercher des indices sur les photos des autres, lire la presse locale qui parle des fermetures de lieux publics” décrit Céline Danloy qui s’y adonne depuis 2 ans ½. Elle observe aussi la Belgique du haut de Google Earth pour découvrir des lieux que le temps a rendu poussiéreux mais aussi graphiques et poétiques. De quoi faire de “Terminus” un livre à la beauté brute.

Laisser intact

L'urbex, comme si vous y étiez dans les lieux abandonnés et interdits en Belgique
©Céline Danloy et Delphine Buxant

Et s’il y a des légendes, elles sont volontairement peu précises : d’une part parce que c’est interdit, d’autre part parce qu’“Il y a aussi des gens mal intentionnés qui volent des objets, vandalisent les lieux”. Céline Danloy et Delphine Buxant arpentent toute la Belgique, “La Flandre, la région de Liège bien sûr avec son passé sidérurgique. Mais c’est du côté de Charleroi qu’on trouve le plus d’endroits différents : des châteaux d’eau, des parcs d’attractions, des sites industriels mais aussi de nombreuses maisons, des écoles, des manoirs abandonnés”, explique Céline. Le duo ne laisse aucune trace, ne touche à rien, ne prend rien. “Mais par contre, on marche, on explore, on se couche, on rampe pour avoir des angles de vue qui honorent l’endroit. C’est comme des jeux quand on est enfant. On joue même au chat et à la souris avec des gardes parfois”, sourit la photographe qui travaille “en vrai” dans le domaine de la santé mentale.

Certains urbexeurs mettent en scène les lieux pour des photos plus spectaculaires, le duo a appris à repérer les fausses "installations" : toutes les photos du livres représentent la réalité de leurs pérégrinations. Témoins silencieuses d'un passé qui vit encore devant ces yeux inconnus, bienveillants et curieux. "Parfois, on se sent même un peu voyeuses, quand on entre dans une maison où on aurait l'impression que les gens sont partis à l'instant s'il n'y avait cette poussière, ce passage du temps", décrit Céline Danloy.

Dentier abandonné, famille effacée

L'urbex, comme si vous y étiez dans les lieux abandonnés et interdits en Belgique
©Céline Danloy et Delphine Buxant

Et surtout, les urbexeuses s’interrogent : comment M. Spielberg (elles ont su son nom après, Ndlr), véritable passionné de cinéma a-t-il pu partir en laissant ses machines, ses projecteurs, ses bobines “et ses pantoufles sur le radiateur de son atelier” ? Pourquoi cette famille est-elle partie au milieu du repas pour ne jamais revenir ? Pourquoi les familles de ces disparus n’ont-elles pas donné une suite à ces vies effacées ? Les photos entrent dans une intimité touchante comme cette table de nuit avec un dentier, des comprimés, une bouteille… Et elles donnent aussi à voir un patrimoine belge en vrac. En friche mais riche de ses fantômes.

L'urbex, comme si vous y étiez dans les lieux abandonnés et interdits en Belgique
©Céline Danloy et Delphine Buxant

“Terminus” (259 pages, bilingue, 29.95€) de Delphine Buxant et Céline Danloy est paru aux éditions Racine début novembre.