En Wallonie, la pêche a de l’avenir

Le nombre de pratiquants est en hausse depuis une dizaine d’années et la discipline attire de nombreux jeunes.

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En région wallonne, on compte autour de 70 000 pêcheurs détenteurs d'un permis, nous explique Julien Gilles, chargé de mission au sein de l'asbl "Maison wallonne de la pêche" (info@maisondelapeche.be) "Le nombre de pratiquants est en hausse depuis une dizaine d'années et nous avons même connu un pic en 2020, année Covid, au cours de laquelle plus de 80 000 personnes ont pris un permis de pêche. Ce qui est aussi remarquable, c'est que la discipline attire de nombreux jeunes. Un 'permis J', gratuit, a été instauré voici cinq ans pour les moins de 15 ans. On recense aujourd'hui 8 000 détenteurs. C'est encourageant".

Les amateurs que nous avons interrogés sont unanimes pour louer les vertus de ce que les uns définissent comme un sport, les autres comme un loisir. Quelle que soit l'approche, les adeptes célèbrent le contact avec la nature, le dépaysement, le plaisir d'être au bord de l'eau (voire carrément dedans), un élément qu'ils jugent à la fois tonique et apaisant, et la convivialité qui règne entre pêcheurs. "Les rivalités sont assez rares et plutôt folkloriques, commente un habitué de l'Ourthe. Le plus souvent, ce sont la camaraderie et l'entraide qui priment".

Pas de profil-type

Quel est le profil-type du pêcheur ? Selon Julien Gilles, il est impossible de répondre à la question. "Il existe trop de sortes de pêches différentes et trop de 'catégories' de pêcheurs pour dresser un portrait-robot. Un retraité de 75 ans se retrouvera plus facilement autour d'un étang privé qu'un trentenaire prêt à descendre au bord d'un cours d'eau d'une vallée ardennaise, après avoir dévalé une pente abrupte. La pêche en eaux douces n'attire pas la même 'clientèle' que celle en eaux vives. Les pêcheurs à la mouche, du style de l'ancien Diable Rouge Georges Grun, ne ressemblent pas aux jeunes citadins qui s'adonnent au 'street fishing'(voir par ailleurs), etc.".

Mais le plaisir de taquiner le poisson est aussi fort chez les pêcheurs en barque ou en float-tubes (version largement améliorée de la bouée) que chez ceux et chez celles - car la discipline se féminise lentement mais sûrement - qui jettent leur ligne depuis le bord d’un canal hennuyer ou d’une rive de la Haute-Meuse.

Tout ce beau monde va bénéficier, en 2022, d’une initiative de la Région wallonne. Le projet "Horizon pêche" a pour ambition de mieux informer les pêcheurs, en rassemblant une foule de données sur les caractéristiques halieutiques des 15 sous-bassins hydrographiques wallons et un tas de renseignements sur les activités des 15 fédérations agréées, actives sur ces territoires.

Ces fédérations sont chargées de promouvoir et d’encadrer la pratique de la pêche, de protéger et de restaurer les milieux aquatiques et la biodiversité en général.

En Wallonie, la pêche a de l’avenir
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La bonne santé de la discipline s’exprime aussi par la fréquentation des 19 écoles de pêche agréées qui, de Ham-sur-Lesse à Comblain, en passant par le lac de Bambois, forment, avec l’aide de moniteurs dûment préparés, la jeunesse aux différentes techniques, avec pour publics cibles les écoles, les mouvements de jeunesse, les clubs de pêche et les particuliers.

En Région wallonne, il existe trois zones de pêche différentes. Les zones d’eaux calmes, qu’on retrouve du côté des voies hydrauliques, comme la Meuse, la Sambre ou l’Escaut, et qui concernent aussi tout ou partie de certaines rivières, les canaux et certains plans d’eau, comme les lacs de l’Eau d’Heure ; les zones d’eaux mixtes, comme l’Ourthe, la Semois, une partie de l’Amblève et de la Lesse ; les zones d’eaux vives, qui visent des petits cours d’eau plutôt "sauvages".

Pour pêcher sur les voies hydrauliques, il faut disposer d’un permis. Sur les autres cours d’eau, il faut posséder, outre le permis, une carte de membre de la société de pêche gérant la zone de pêche ou, s’il n’en existe pas, obtenir l’autorisation du propriétaire riverain.

Il y a plusieurs types de permis. Le permis A permet de pêcher au bord de l’eau avec deux lignes maximum : il coûte 12,39 euros. Le permis B permet, en outre, de pêcher en barque ou depuis un plancher jeté sur l’eau et d’entrer dans le lit du cours d’eau, et ce également avec deux lignes (37,18 euros). Le permis C donne droit à trois lignes et à la pêche à la carpe, de nuit, depuis le bord de l’eau ou d’un plancher amovible (120 euros). Le permis T ouvre les mêmes droits que le B mais pour 15 jours consécutifs (25 euros). Le permis J, comme "jeunes", est gratuit et proposé aux moins de 15 ans, autorisés à pêcher depuis la rive, avec une ligne ou une épuisette ou encore une balance à écrevisses.

Ces permis sont valables sur l’ensemble des cours d’eau mais les pêcheurs sont priés de sélectionner un sous-bassin, afin de permettre une ventilation efficace des aides financières octroyées par le Fonds piscicole de Wallonie, notamment aux fins d’empoissonnement.

Il ne faut pas croire que les pêcheurs peuvent tout se permettre. Primo, il existe des espèces complètement protégées, qu’il n’est pas question d’embêter. Secundo, les prélèvements sont interdits dans une série de cours d’eau et en fonction de la taille des poissons. Tertio, les pêcheurs ne peuvent conserver, par journée de pêche, qu’un certain nombre de poissons et dans certains cas, ils doivent nécessairement remettre leurs prises à l’eau.

Des amendes salées

D’après les responsables, le nombre d’infractions est en baisse, le braconnage recule également sauf, semble-t-il, s’agissant de la pêche nocturne à la carpe. Il est vrai que les amendes administratives peuvent s’avérer salées.

Il existe quatre groupes de poissons. Leur pêche est autorisée à certaines périodes de l’année, périodes qui varient également en fonction de la nature des zones de pêche. Autrement dit, on ne pêchera pas dans les mêmes conditions et circonstances l’ablette, l’épinoche ou la tanche que le brochet, le goujon ou le sandre, ou que la truite et l’amble, ou encore que le silure, l’esturgeon ou la carpe.

Une série de techniques sont prohibées. L’est aussi le recours à certaines amorces et à des appâts comme le sang ou les abats d’animaux.

Et puis il y a les différentes sortes de pêches, dispensatrices d’émotions et de plaisirs divers. La pêche au coup (on choisit un emplacement, on s’y installe et on attire le poisson avec une canne plus ou moins simple et une ligne plus ou moins sophistiquée) n’a pas grand-chose à voir avec la pêche au lancer, qui suppose le déplacement permanent du pêcheur et l’utilisation de leurres, ni avec la pêche aux carnassiers (poissons se nourrissant de congénères), etc.

Bref, la pêche est un monde bien plus vaste, varié et vivant que l’image pépère et passive qu’en ont souvent ceux qui ne la connaissent pas.