Fleurir le gravier, une idée parfois controversée

Présenté comme un jardin sans entretien, le jardin de graviers est parfois controversé. Pourquoi ? Et de quel type de jardin s’agit-il ?

Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur
Fleurir le gravier, une idée parfois controversée
©MNC/MPV

Dans quelques villes allemandes, les autorités tentent désormais de convaincre les habitants qui ont mis en place à l’avant de leurs maisons des jardins très minéralisés d’y réintroduire végétaux et nature. Il s’agit généralement de jardins d’aspect assez minimaliste où pierres et graviers entourent une plante d’allure graphique.

La réalisation de ce type de jardin a un coût qui est loin d’être négligeable. Dès lors, il leur faut être persuasif. Expliquer en quoi de telles créations affectent la vie des sols et diminuent leurs capacités d’absorption lors des fortes pluies. Le principal point d’achoppement est l’utilisation de bâche, de géotextile ou de feutre de jardin en couverture pour minimiser l’entretien. Les fonctionnaires municipaux souhaitent en éviter l’usage et remettre à l’honneur plantes et faune.

Jardiner dans le gravier

Le jardinage dans le gravier peut être une vraie source d’émerveillement. Beth Chatto, illustre jardinière anglaise, l’a largement démontré dans l’Essex près de Colchester en Angleterre. Son jardin, à l’emplacement de l’ancien parking, est célèbre et admiré par les amateurs du monde entier. Ce jardin de sécheresse n’est pas planté sur géotextile et n’est jamais arrosé. (www.bethchatto.co.uk)

Olivier et Clara Filippi ont créé une pépinière et un jardin expérimental dans l’Hérault (France) qui rassemblent une collection de plantes dédiées aux jardins secs, adaptés aux enjeux du futur. Ils ont rédigé sur le sujet quelques ouvrages édités chez Actes Sud. (https://jardin-sec.com)

Plus proche de nous, la pépinière de Roger et Linda Bastin, à Aalbeek près de Maastricht aux Pays-Bas démontrent que même loin des régions méditerranéennes il est tout-à-fait possible d’installer dans un coin du jardin, de telles réalisations. (www.bastin.nl)

Fertile gravier

Il est étonnant de constater avec quelle rapidité, les surfaces de graviers accueillent des semis spontanés. C’est à croire qu’ils choisissent délibérément de s’y établir plutôt que là où le jardinier rêverait qu’ils se ressèment. C’est même une situation de prédilection pour les plantes dont les semis spontanés meurent à tout autre endroit à cause de l’humidité hivernale. Outre le fait que le gravier permet de circuler les pieds au sec, il s’avère être une alternative très intéressante utilisée en paillage de surface sans autre couverture de type géotextile.

La terre sous ces petits cailloux est à l’abri du lessivage. Ainsi protégée, elle constitue un milieu stable, préservé du tassement, où s’épanouissent vie du sol et racines. En été, abritée du soleil par ce tapis minéral, elle est protégée de l’évaporation. Dès que la chaleur grimpe, l’humidité qui se dégage du sol se condense sous la pierraille et retombe au niveau des racines. La terre reste légère et absorbante sous cette couche. Les graviers de couleur claire évitent la surchauffe lors des fortes chaleurs. En hiver, ils sont une bonne protection contre le gel. Dans le cas des plantes méditerranéennes, ces graviers évitent la pourriture du collet.

Enfin, ce paillage de graviers limite l’entretien et permet de repérer les intrus plus facilement. Le désherbage y est plus aisé après la pluie. Le mieux est de débuter sur une petite surface et un sol propre. Le choix des plantes se fait alors en fonction de l’exposition et du type de sol.

Emplacement de choix

Ce milieu semble idéal pour de nombreuses plantes. Attendre de voir qui vient prendre possession des lieux réserve souvent de jolies surprises. Le gravier emmagasine la chaleur, favorise la condensation à laquelle s’ajoute la rosée matinale bienfaisante. Chaleur, humidité et drainage forment un milieu très favorable à la culture des végétaux.

Si attendre les semis spontanés vous parait trop long, libre à vous de creuser des poches de plantation assez profondément dans les gravillons et de les remplir de terre fertile. De nombreuses plantes à feuillage gris prospèrent dans ces conditions si l'ensoleillement leur convient. C'est le cas des condimentaires et des aromatiques. Pour les situations plus ombragées, les géraniums vivaces sont d'excellentes recrues. Tentez aussi les capucines, ces annuelles apprécient l'humidité sous les gravillons. Les alchémilles et les hellébores se ressèment allègrement. Les Ajuga reptans fleurissent le gravier au début du printemps. Beaucoup d'autres plantes vivaces s'y plaisent telles les valérianes et les euphorbes. Les ancolies qui n'aiment pas les repiquages viennent souvent s'y installer

Évolutif

Ce type de jardin n’est pas un décor figé. Bien au contraire. Les plantes y voyagent. C’est cela qui est fascinant. Le système fonctionne d’une manière parfois surprenante. Certaines vont se ressemer parcimonieusement tandis que d’autres vont couvrir le sol rapidement. Le ciel y ajoute quelques inconnues en plus des passagères habituelles du vent. Alors la main du jardinier intervient. C’est pourquoi il est prudent de débuter sur des surfaces peu étendues. Cela permet de définir celles à privilégier.