Milk Blues , coup de mou pour les mamans allaitantes

Le Milk Blues, moins connu que le Baby Blues ou la dépression post-natale, touche les mamans qui connaissent un immense chagrin lorsqu’elles décident d’arrêter d’allaiter leurs bébés.

Vliex Laura
La fin de l'allaitement signe la fin d'une aventure fusionnelle avec son bébé.
La fin de l'allaitement signe la fin d'une aventure fusionnelle avec son bébé. ©Photo News

Je me souviendrai toujours du premier biberon que son père lui a donné", nous confie Lisa, 31 ans, qui, après cinq mois d'allaitement exclusif, a décidé de sevrer son fils. "Je l'ai vécu comme un échec personnel, mais je me suis aussi sentie rejetée par ce petit garçon qui, soudainement, réalisait que le débit rapide de la tétine et le peu d'efforts qu'il avait à fournir pour être nourri convenaient davantage à ses attentes." Après un mois d'allaitement mixte, la production de lait de la jeune maman s'est tarie et Isaac, son tout-petit, a arrêté de téter. "Je me suis sentie inutile et les biberons qui n'ont pas réussi à rassasier mon bébé, ont rendu les réveils nocturnes plus difficiles, la fatigue plus lourde à porter. Alors que j'avais toujours réussi à calmer mon enfant lorsqu'il pleurait en le posant contre ma poitrine, je me retrouvais soudainement désemparée. Je devais redoubler d'imagination pour trouver une autre solution pour l'apaiser."

Comme une drogue

Léa, 34 ans, a aussi ressenti cette profonde tristesse lorsqu'elle a fait le choix de sevrer sa deuxième fille, Émilie. Sa famille étant, a priori, au complet, la jeune maman a dû faire le deuil de ce troisième allaitement qu'elle ne connaîtra probablement jamais. "J'ai pleuré à chaudes larmes rien qu'à l'idée de ne plus connaître ces moments de symbiose, de parfaite harmonie." Elle avoue avoir regardé la tétine en silicone du biberon de sa fille avec beaucoup de jalousie. "On parle de sevrage", poursuit-elle. "Et le mot n'aurait pas pu être mieux choisi ! Allaiter Émilie était comme une drogue et, même si je sentais que je produisais moins de lait, je me sentais incapable d'arrêter."

Si Émilie a fini par arrêter de téter, Léa ressent aujourd'hui un profond manque. "J'ai tout pour être heureuse, mais je me sens triste et de mauvaise humeur." Heureusement, les symptômes liés au Milk Blues s'estompent généralement assez rapidement, comme le confirme Lisa qui a retrouvé son optimisme habituel. "J'ai accepté le fait que ma vie de maman sera jalonnée de ce genre de moments où j'éprouverai de la fierté face à ces petits êtres qui grandissent tout en étant submergée par la nostalgie des premiers jours de leurs vies."

Pourquoi se sent-on déprimée?

Selon Nathalie Mahaux, psychologue spécialisée en périnatalité, plusieurs raisons peuvent expliquer qu’une mère allaitante se sente déprimée lorsqu’elle décide d’arrêter d’allaiter son bébé. “Elle peut se sentir coupable, dit-elle. Avoir le sentiment de l’abandonner parce qu’elle doit retourner au travail ou parce qu’elle souhaite s’octroyer un peu de temps pour elle.”

Dans une société qui prône la performance, la jeune maman peut aussi se sentir frustrée de ne pas avoir atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. L’arrêt de l’allaitement est aussi souvent synonyme de retour de couches et, après une naissance, les symptômes prémenstruels peuvent être exacerbés.

La mère doit aussi couper le cordon. La fin de l’allaitement signe la fin d’une aventure fusionnelle avec son bébé. “Mais, ce n’est pas la fin de leur relation, ajoute Nathalie Mahaux. L’allaitement peut aider une mère et son enfant à créer du lien et cet attachement va permettre à l’enfant de s’ouvrir au monde; de se construire en se sachant en sécurité, aimé. Il grandit, c’est positif. La maman doit maintenant réapprendre à être une femme en dehors de sa maternité. Redevenir une copine, une épouse; reprendre le boulot”, ce qui peut aussi s’avérer compliqué pour certaines

La chute des hormones du bonheur

Les hormones que la mère secrétait durant son allaitement la préservaient jusqu’ici du risque de dépression post-natale. “Parmi ces hormones, nous explique Christel Jouret, sage-femme et conseillère en lactation, il y a l’ocytocine, l’hormone du bonheur, du plaisir, qui va permettre au sein d’éjecter le lait. Car, même si vous avez du lait dans vos seins et que bébé tête, il faut produire de l’ocytocine pour que le lait sorte. L’ocytocine est aussi un puissant relaxant qui permet aux mères de rester alertes même quand bébé est endormi.”

L’autre hormone que la mère allaitante secrète s’appelle la prolactine. “Elle aide la maman à tenir face à la fatigue. Elle lui permet aussi de retomber rapidement dans un sommeil profond après un réveil nocturne tout en restant attentive aux besoins de son bébé. Des études ont prouvé que le sommeil profond était quatre fois plus élevé chez la maman qui allaite par rapport à celle qui n’allaite pas.” Si le taux de prolactine diminue rapidement au cours d’un allaitement pour atteindre son seuil minimal, le manque d’ocytocine peut rendre la maman plus vulnérable. Heureusement, il est possible de produire de l’ocytocine de bien d’autres manières. Pratiquer le portage, faire du peau à peau peut créer des montées d’ocytocine qui permettront un sevrage en douceur.