Morzine , la montagne hors des pistes

Découverte Balade de la diligence au Grand-Duc de Bengale en cette station de Haute-Savoie au parfum d’autrefois.

Morzine , la montagne hors des pistes

S’asseoir sur un banc rue du Bourg et admirer, en toile de fond, le sommet enneigé de la Pointe de Nyon, sommet emblématique de Morzine, à 2000 mètres d’altitude… Baisser les yeux pour regarder couler la Dranse - l’eau qui court - sous le vieux pont, monument historique protégé de 1729, en direction du lac Léman.

Se souvenir de l’époque où le lieu servait de centre nerveux à cette petite ville de Haute-Savoie, avec l’arrivée de la diligence, son église baroque à clocher à bulbe, construite en opposition aux calvinistes, sa mairie, son presbytère, l’ancienne école des garçons, et la halle reconstruite à l’identique, avec son balcon ouvragé.

Le bourg historique redeviendra piétonnier, la halle retrouvera sa position initiale au-dessus de la Dranse qui sera recouverte et la vie reprendra là où elle est née, sous l’égide de Laurent Baud, premier maire de Morzine, peintre sculpteur savoyard, comme nombre d’habitants du pays à une époque où les artistes voyageaient sans cesse et transmettaient leur savoir aux locaux. C’est ici également, au creux des deux flancs de la montagne, que trône le premier hôtel, ancien relais de poste devenu auberge, construit en briques avec balcons en fer forgé, à l’image de ceux de la ville, pour que les touristes, venus tester le premier remonte-pente de France, au Pléney, ne se sentent pas trop dépaysés.

Le centre historique, à 890 mètres d’altitude, a gardé son authenticité et laisse aisément imaginer la vie d’antan avec le bétail abrité aux rez-de-chaussée des maisons en pierres du pays, le bruit des scieries ou l’activité dans les carrières d’ardoise, cet or gris découvert en 1805, qui sauva le bourg de la désertion des jeunes générations.

Après ces premières impressions et avant de partir à l’assaut de la glisse ou des innombrables chemins de randonnée que proposent les environs, il serait dommage de ne pas pousser la porte de l’église pour y admirer son orgue classé et surtout, ce magnifique lavis, au plafond, qui représente la rencontre des pèlerins d’Emmaüs et de Jésus-Christ ressuscité, l’une des scènes de la Bible les plus représentées, entre autres par de grands maîtres tels Rembrandt, Rubens, Le Caravage ou encore Veronèse.

La montagne pas à pas

Certes, avec ses six cent quatre-vingts kilomètres de pistes et ses prometteuses Portes du Soleil, Morzine, dont Avoriaz fait partie, offre d’infinies possibilités de descentes en ski alpin, le sport le plus pratiqué dans la station et permet de passer aisément de la France à la Suisse, après avoir gravi, par exemple, le Pas de Chavanette, et de s’incliner devant les Dents Blanches ou celles du Midi.

Mais pour les adeptes de la montagne alternative, auxquels s’adressent ces quelques lignes, rien de tel que la randonnée. La vallée boisée est très fournie en épicéas depuis que Napoléon III en a décidé ainsi, et offre un impressionnant panel de balades en toutes saisons, à pied, en raquettes ou en ski de fond. Avec, par exemple, la possibilité d’une nuit en igloo.

Pour jouir d’un paysage bucolique à souhait, dans le silence de la poudreuse, et loin du bruit des remonte-pentes, mieux vaux quitter le centre de Morzine et se diriger vers l’Érigné, point de départ des randos en ski de fond ou en raquette. Là, après quelques pas seulement, et une mise à distance avec la civilisation, le promeneur comblé entendra crisser la neige sous ses pieds, sillonnera les chemins, longera la Dranse qui bouillonne à cœur joie, se perdra à travers les forêts en direction de l’un ou l’autre col, qu’il s’agisse de celui de la Golèse - qu’il n’atteindra qu’après avoir traversé des hameaux presque oubliés - ou de la tête de Bostan. Pour les plus ambitieux, depuis le Lac des mines d’or, un objectif de promenade en soi, il est possible de monter au col du Fornet ou à celui du Cou.

On pourrait décrire à l’infini la joie, la plénitude, l’épuisement, le découragement, puis à nouveau l’émerveillement ressentis au contact d’une nature immense et préservée, admirer la majesté des conifères, raconter l’émoi provoqué par la rencontre du premier chamois, mais chacun vivra sa propre expérience avec l’âme, le corps, et les mollets bien sûr, mieux qu’avec les mots.

Toute cette belle vallée de la Manche, où gambadent les chamois et chantonnent les marmottes, a été découverte par nombre de skieurs qui se sont reconvertis durant le confinement, au point parfois de trahir leurs premières amours. Car l’attrait pour une montagne plus authentique s’accroît au fil des ans et s’intensifie avec la crise climatique.

Nombreux sont ceux aujourd’hui qui attendent autre chose de la montagne et qui, en haut des pistes, à quelques virages de la pointe de Nyon, croiseront peut-être un Grand-Duc du Brésil, une Chouette de l’Oural ou un Condor des Andes. Qu’ils se rassurent, il ne s’agira ni d’un mirage ni d’un effet secondaire du génépi mais bien d’une aubaine due à la présence des Aigles du Léman.

Balade en raquette avec un rapace

Bien connu dans la vallée, avec son parc de 9 hectares et ses 320 rapaces, le domaine prend de la hauteur et tente, depuis 2019, de développer ses activités en altitude. Malgré deux années difficiles, liées au Covid, Les Aigles du Léman commencent à déployer leurs ailes pour devenir l’une des attractions de Morzine ; grâce à Jacques-Olivier Travers qui descend des sommets avec son aigle ou à Eva qui accueille les allers retours du Milan royal, de la Chouette de l’Oural ou du Pygargue à tête blanche, espèce dont le couple de fauconniers encourage la reproduction pour la réintroduire dans les Alpes. Les plus téméraires pourront s’inscrire à une animation avec Eva, biologiste à la main de fer dans un gant de cuir, qui leur apprendra à ne pas trahir leurs émotions lorsqu’il s’agira de tendre le bras gauche pour accueillir l’oiseau ou à ne pas tarder à sortir la patte de poussin de la besace, en guise de récompense. L’occasion rêvée d’observer ces oiseaux de près, d’admirer la beauté d’un Grand-Duc du Bengale, une femelle aux yeux jaunes perçants, au plumage magnifique avec ses ailes frangées et ses deux aigrettes pointées vers les mâles pour mieux les attirer dans son duvet… Vue de près, l’envergure du Condor des Andes impressionne également. La formule balade en raquette de deux heures accompagnée d’un rapace, permettra, quant à elle, de devenir incollable sur la fauconnerie qui, venue des steppes d’Asie centrale, existe depuis 2000 ans avant Jésus-Christ et a connu ses heures de gloire en France sous Louis XIII avant d’être éliminée au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, les rapaces, ces grands prédateurs et véritables régulateurs, sont bel et bien revenus flirter avec les sommets et sont protégés depuis les années 70. On ne peut que s’en réjouir.

Cet article a été réalisé suite à une invitation de l'Office de tourisme de Morzine. Info@morzine-avoriaz.com ou 00 33 (0) 4 50 74 72 72 Info@lesaiglesduleman. com ou 00 33 (0) 4 50 72 72