Un tour du monde qui continue bien !

D’Istanbul à Dakha, c’était la seconde grande étape de Giorgio et son vélo en bois de la forêt de Soignes (un Zafi). Les rencontres sont puissantes en émotions et les pays traversés le sont tout autant.

Eric Guidicelli
Giorgio Fouarge à vélo
Giorgio Fouarge à vélo ©D.R.

Lorsque nous avions quitté notre cycliste du tour du monde, il entrait dans la partie asiatique de la Turquie. Sa traversée de la Capadocce était un moment fort. Giorgio attendait ce moment avec impatience. Après une journée avec pas loin de 2000 mètres positifs dans les montagnes turques, il passe dans des paysages arides avec des vues incroyables pour, au final, voir le Erciyes Dagi au milieu de tout ça. Une montagne à plus de 4000 mètres.

Au trentième jour de son périple, c’est la ville de Adiyaman qui sera l’avant-dernière étape turque avant le passage tant attendu en Iran. Giorgio passe une nuit dans une hutte après une négociation avec des bergers et google translate. Et après ce sommeil réparateur, c’est le grand jour, l’entrée en Iran. Comme il le mentionne dans son journal de bord, “après 3 semaines, je change de pays, je change de culture, je change de langue et, surtout, je sors de ma zone de confort. L’Iran, le pays qui m’intriguait le plus avant ce voyage, une population éduquée mais opprimée, une manière de pensée qui a tant de contradictions. Une population qui, la plupart du temps, ne ressemble pas à son gouvernement. (Écrit trois jours avant la mort de Massa Aminin et le début des manifestations)"

Un autre monde

À la frontière iranienne, le temps est long. Notre compatriote arrive à 14 h et après de longues négociations, l’aide de certaines personnes, vers 21 h, il arrive enfin à rentrer en Iran. Il parcourt 15 km dans le noir et trouve un hôtel miteux pour passer une nuit bien méritée. L’Iran est à la hauteur des attentes de l’aventurier. Les gens sont très amicaux et tous proposent de l’aide à l’homme au vélo en bois. Les kilomètres s’accumulent, les habitudes aussi. Giorgio connaît mieux son corps, ce qu’il peut lui faire subir et à quel moment, il doit se reposer. La découverte de ce pays intrigant, l’aide sans aucun doute dans son périple. Là, à Tabriz, il rencontre un couple qui l’héberge deux nuits, puis quelques jours plus tard, tôt le matin, c’est avec Mohammed, qu’il prend le thé entouré de pommiers.“Un moment hors de la réalité” comme le dit si bien le cycliste dans son journal de bord. Les petites pannes mécaniques font aussi partie du périple.

Au quarante-sixième jour de l’aventure, Giorgio arrive à Ispahan. “La ville est magnifique.” Sur la route entre Ispahan et Yazd, le désert montre toute sa beauté et sa sévérité. Extrait du journal de bord au cinquante et unième jour : “Aujourd’hui, la journée était particulière. L’objectif était de faire un plus de 150 kilomètres dans ces paysages désertiques en quittant Yazd. Mais il n’y avait qu’un ravitaillement d’eau possible, à 110 kilomètres et un deuxième à 200 kilomètres de Yazd. Dur d’y arriver sous 40 degrés. Je ne vais pas mentir, un vent dans le dos m’a un peu aidé. À 17 h 15 j’avais fait 186 kilomètres à 26,7 km/h de moyenne. J’aurai pu pousser jusqu’au prochain village mais les paysages étaient si beaux que j’ai décidé de sortir de la route, pour aller planter ma tente entre deux montagnes au milieu du désert.”

L'arrivée au Pakistan

Au 61e jour, Giorgio arrive à la frontière irano-pakistanaise. Suite à un problème de pénurie d’eau côté pakistanais, le cycliste se voit contraint de rester une nuit de plus en Iran ou seul à la frontière, il sympathise avec des militaires qui lui offriront le gîte et couvert. “Grâce à l’accueil des militaires, le passage de la frontière iranienne, c’est fait sans trop de soucis. En arrivant, de l’autre côté, je me suis retrouvé comme une superstar. J’ai dû prendre une trentaine de photos avec les militaires locaux. Les policiers étaient moins tendres, ils ont essayé de m’interdire la traversée du Baluchistan, en essayant de me faire prendre un bus. Mais mon esprit de baratineur a réussi son coup.

Puis le jeune belge entre dans la zone qui a subi les inondations catastrophiques avec des millions de déplacés. Par respect, il va prendre le train en direction de Karachi. Puis, direction Lahore qui ouvre la porte vers l’Inde. Les rencontres sont toujours aussi imprévues et d’une générosité incroyable. “Je rentre dans un pays comme aucun autre, un pays surpeuplé où le camping sauvage est presque impossible, un pays peuplé de tigre, un pays avec des crématoriums à ciel ouvert… Le pays où vit le Daila Lama… Et plein d’autres choses que je rêve de découvrir pendant ce voyage.”

La route continue, l’Himalaya est là, les rêves de gamins de Giorgio se concrétisent et se succèdent. Le chemin est encore long avant la fin de son tour du monde sur son Zafi, ce vélo en bois qu’il chérit tant. Il passe par Katmandhu, puis termine son périple himalayen et redescend vers les plaines du Ganges. Son périple indien touche à sa fin.

Dernière étape par Varanasi (Bénares) qui restera à jamais gravée dans la mémoire du cycliste belge.“Je me suis rendu au Manikarnkika, un Ghat où l’on voit des corps s’envoler en cendre. Un dépaysement comme aucun autre où la valeur de la vie et le rapport à la mort sont ancrés dans un paradigme spiritueux. Il embellit ce qui est écrit comme la fin en renouveau. Ce grand bain dans le Gange est une expérience si loin de ma réalité qu’elle restera inoubliable.”

Au 94e jour, Giorgio arrive à Kolkata. Cet épisode a commencé à Istanbul et devait se terminer à Dakha. C’était sans savoir qu’un problème de visa allait pousser notre cycliste avec son Zafi à prendre des chemins de traverse pour continuer son aventure. La suite au prochain épisode…