A Paris, la rue d'Aubervilliers a pris des couleurs. Une dizaine d'artistes ont réalisé avec les habitants du quartier, des fresques inspirées des valeurs de la militante afro-américaine Rosa Parks.

Il y a 60 ans, Rosa Parks, noire américaine, refusait de céder sa place à un homme blanc dans un bus. Sans le savoir, cette action, le 1er décembre 1955, lançait mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis. Dans le 19e arrondissement de Paris, une nouvelle gare RER va bientôt porter le nom de ce symbole de la lutte contre la ségrégation raciale. Dans ce cadre, la mairie a demandé à l’association GFR, collectif dédié à l’art et l’espace public, de réaliser un projet de street art.

« Rosa Parks fait le mur » a invité artistes et habitants du quartier à couvrir les 400 mètres de mur de la rue d’Aubervilliers et du pont Riquet d’œuvres inspirées des valeurs de la militante afro-américaine comme la diversité, l'égalité hommes-femmes, l'engagement citoyen, etc. Il s'agit à ce jour de la plus grande fresque street art de Paris intramuros.

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La fresque a servi de prétexte pour engager un dialogue artistique et citoyen avec les habitants. "Nous veillons toujours à ce que nos projets créent du lien social et amènent une réflexion sur l’espace public et le territoire, explique Martial Buisson, du collectif GFR, pour ce faire, nous travaillons avec des chercheurs mais aussi des associations locales, des acteurs de terrain et des artistes". Ateliers artistiques et débats ont été proposés durant deux mois aux habitants de ce quartier dit "sensible". "C’est dans la rue d'Aubervilliers que sont nés les frères Kouachi. C’est aussi un quartier à cheval entre deux arrondissements, où les jeunes de différentes communautés s’affrontent", poursuit Martial Buisson.

5 artistes ont participé au projet, dont 4 femmes, pourtant minoritaires dans le milieu du graffiti ou de l'art mural. "C’était important d’avoir des femmes artistes pour un projet qui questionne notamment la place des femmes dans l’espace public", explique Véronique Drougard, la directrice artistique du projet, "ces artistes et les femmes de ce quartier qui osent s’afficher dans l’espace public sont les Rosa Parks d’aujourd’hui…".

Visite guidée

Kashink, artiste engagée dans le milieu graff parisien, a réalisé une fresque avec des enfants. "L'atelier se déroulait peu de temps après les attentats du 13 novembre, c'était très émouvant. Ils ont pu sortir tout ce qu'ils avaient sur le coeur, mettre toutes les couleurs qu'ils voulaient, se lâcher…". Sur leurs coeurs et leurs smileys, elle a peint en grandes lettres blanches le mot "paix".

© Véronique Drougard


L'artiste a également peint des visages multicolores dont l'origine ou le genre sont impossibles à déterminer. "J'aime casser les codes !", dit l'artiste, qui se trace d'ailleurs tous les jours une moustache au crayon noir pour transgresser les codes de féminité du maquillage. Ses portraits sont accompagnés de mots doux... "Les mots d'amour sur les murs de Paris sont encore plus importants aujourd'hui", explique-t-elle.

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Au bout de la rue, l’artiste colombienne Bastardilla, sensible aux thèmes de l'exil et des frontières, a commencé à peindre de grands oiseaux migrateurs transportant des réfugiés. Cette idée lui est venue après avoir entendu des jeunes du quartier lui raconter les conflits qui existaient entre les deux arrondissements, où le pont de la rue Riquet agit comme une frontière imaginaire.

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L'artiste Katjastroph a représenté en noir et blanc une femme phoenix qui renaît de ses cendres, des adolescents dans une caverne, des mains d'où sortent de longs fils... Ses oeuvres puissantes, inspirées des cultes et croyances populaires, interrogent toutes notre capacité d'action et de transformation. Une réflexion que l'artiste a décidé d'engager sur ces murs après les attentats...

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Zepha, seul homme de l'aventure, a calligraphié des titres de chansons de l’Amérique des années 50-60 qui ont accompagné les mouvements des droits civiques américains, et des paroles de habitants du quartier porteuses de messages d'espoir et de paix.

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Le mur doit encore être complété par l'oeuvre de Tatyana Fazlalizade. Comme pour ses autres projets, l'artiste basée à Brooklyn a récolté des témoignages de femmes de tous âges, qu'elle dessine ensuite. 13 portraits seront affichés.

Galerie à ciel ouvert

Au bout de la rue, sur le Pont Riquet, une galerie à ciel ouvert voit le jour. L’association RStyle s’est associée à GFR. Une dizaine de graffeurs renommés – dont JonOone, Combo et Batsh (photo ci-dessous) – ont décliné l’héritage de Rosa Parks sur les murs.

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Infos : Rosa Parks fait le mur