En trois ans, Steve Wasterval estime avoir peint, puis caché, quelque 80 tableaux miniatures représentant ce quartier des bords de l'East River, autrefois à forte population d'origine polonaise, et aujourd'hui branché et prisé des artistes.

"Je voulais offrir mon art, l'accrocher aux murs, dans les rues", a indiqué le peintre à l'AFP depuis son studio de Greenpoint, ex-atelier de fabrication de crayons de couleurs. "Mais comment les accrocher? Et puis les gens les auraient immédiatement enlevés (...) Je me suis dit qu'il fallait faire des tableaux miniatures et les cacher pour que les gens les trouvent", dit-il.

Quasiment chaque fin de semaine, il publie sur son compte Instagram une photo d'un tableau minuscule, devant le lieu - toujours à Greenpoint - qui l'a inspiré.


En quelques minutes, une dizaine de personnes apparaissent, qui se mettent à chercher cette oeuvre de 3,8x5cm, partout, derrière un mur, sous un escalier de secours...

Parfois, l'artiste est dans les parages, parfois pas. Quand on lui demande, il donne aux "chasseurs" des indices, par messages directs sur le réseau social.

"Petits trophées" 

Ces tableaux ne sont pas à vendre et ne le seront jamais, dit-il. "Chaque semaine, des gens m'envoient un message disant qu'ils veulent en commander un, en acheter un. Non, jamais. On ne peut ni les acheter ni les commander, il faut les trouver. Ce sont comme des petits trophées dont les gens sont fiers".

Steve Wasterval veut montrer son quartier en pleine transformation, rencontrer ses voisins, s'amuser et évidemment, faire connaître son art. L'artiste peint aussi des tableaux de taille plus standard, toujours des paysages du quartier, qu'il vend entre 2.000 et 3.000 dollars.

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"Je veux continuer à faire ça, tout le temps. Je ne veux pas que tout devienne une vente (...) C'est un peu du marketing, mais c'est amusant car ça n'y ressemble pas".

Sous un bac à fleurs 

Cette fois, le peintre a caché un tableau d'une pizzeria populaire du quartier, sous un bac à fleurs du parc situé à proximité, au milieu des enfants qui jouent à cache-cache.

Arrive le réalisateur Zack Obid, 27 ans, qui habite tout près de là, et se met à chercher comme un fou. D'autres "chasseurs" le rejoignent, certains à vélo. Tous vérifient constamment leur téléphone en quête de nouveaux indices de l'artiste.

Zack Obid crie et rit en trouvant le tableau. C'est le cinquième qu'il trouve, en trois ans.

"C'est fantastique (...) Pour beaucoup de gens, c'est non seulement une façon de posséder une véritable oeuvre originale, mais c'est aussi chez nous", dit le réalisateur, qui a aussi acheté récemment une toile de Wasterval.

Lisa Llanes, graphiste de 38 ans, est arrivée trop tard cette fois. Mais elle a trouvé deux tableaux récemment.

"Je vis à Greenpoint depuis presque huit ans, et c'est chouette pour le quartier. C'est bien aussi que Steve soit un artiste local et que ses oeuvres soient adorables", dit-elle.

Steve Wasterval espère organiser un jour une exposition avec toutes ces "miniatures", prêtées par les gagnants. Et étendre bientôt ses chasses au trésor à d'autres quartiers new-yorkais.

"Les gens me le réclament", dit-il. "Je vais lentement étendre mon rayon d'action".