Bouffées d'angoisse à la lecture d'un article, sensation d'étouffement à l'idée d'être principalement enfermé chez soi, impression d'être débordé à l'idée d'occuper ses enfants au moins trois semaines.

Des émotions presque inédites nous submergent. Il faut les comprendre pour les canaliser. La psychologue Nathalie Hanot nous donne des pistes.
Pourquoi a-t-on tous ressenti cette sensation d'étouffement depuis ce week-end ? "Chacun a dû rentrer dans son intérieur au propre comme au figuré", explique Nathalie Hanot. Or, personne ne nous à appris à vivre dans notre monde intérieur. Un retour à la maison, c'est un retour à soi. Dans une société qui ne nous a jamais appris à faire le vide mais plutôt à être dans l'activité, le contact, l'action, on angoisse de devoir faire autre chose, mais quoi ?
Face à cette remise en question de nos habitudes, la psychologue estime que les personnes qui ont l'habitude d'être dans la créativité ou dans une pratique artistique seront les moins sensibles à cette angoisse du retour sur nous-mêmes. "C'est comme les enfants à qui on n'a jamais appris à s'occuper seuls, qui ont toujours demandé à leurs parents une présence et qui ne savent ni s'ennuyer, ni jouer longtemps seuls". Comme eux, on va devoir construire petit à petit notre monde imaginaire.
Travailler sur son intériorité, faire "autre chose" est nécessaire, "sinon, on va tourner en rond avec la télévision allumée sans arrêt, avec des informations fortement anxiogènes qui vont renforcer ce sentiment d'angoisse et d'étouffement".

Co-créer une nouvelle harmonie avec les enfants

Pour certains parents aussi, il y a l'angoisse de devoir occuper ses enfants pendant des jours et des jours, alors qu'ils n'en ont pas nécessairement l'habitude. Et surtout s'ils doivent télé-travailler en même temps ! "Un enfant est capable de s'occuper seul, de jouer pendant au moins trois quart d'heure. Ensuite, on peut faire une pause de 20 minutes avec eux. A situation changé, réponse différente : on découpe son temps de travail autrement", conseille la psychologue. "Il ne faut pas voir ses enfants comme des empêcheurs de travailler parce que cela nous stresse ! Composons avec cette situation, co-construisons un nouvel équilibre familial. Les enfants, sensibilisés à la situation, répondront favorablement à une nouvelle organisation". S'il y a stress et colère, "c'est qu'on est en résistance par rapport à la situation. Lâchez prise !"
Les réponses à tout cela passe par un équilibre : une activité physique, des promenades dans les bois, les grands parcs (entre membres de la famille) pour respirer, s'oxygéner, cela aide à faire baisser le taux de cortisol. A l'intérieur, on respire encore et on passe par la case créativité : "Faire, créer c'est semer du vivant, une réponse à l'angoisse, au climat accablant".

Croire en une réponse collective

Mais surtout, comme le souligne Nathalie Hanot, "Nous sommes tous impactés par le coronavirus d'une manière ou d'une autre et cela génère des peurs personnelles : comment je vais payer mes traites, mes fournisseurs, comment je vais réussir mes études, comment vais je me passer de ceux dont j'ai besoin, ..."Pour démolir ces murs qui montent autour de nous, "on doit sortir du "je", on ne doit pas trouver à tout prix une réponse individuelle, il y aura une réponse collective. Il faut avoir confiance dans les institutions, cela n'a jamais été aussi important finalement"
Enfin, comme le fait remarquer la spécialiste, toutes ces tensions internes qui se traduisent par de la peur et du déni pour certains se transforment aussi en colère ("On nous ment") mais surtout, en énergie citoyenne, "comme ces groupes qui cousent des masques".