Une somptueuse baie sera notre ultime halte avant le retour à la civilisation. A Russkaya, le mystère est présent partout dans cette nature gigantesque. Un moment fort.


Une bruine fine mouille la baie de Russkaya, très profondément découpée dans les roches du Kamtchatka. On se croirait dans un fjord. Et nous allons l'aborder d'une manière différente des autres arrêts.

D'abord, parce que cette excursion en zodiac est la dernière du voyage, en fin d'après-midi, le navire appareille pour Petropavlosk-Kamtchatskiy, la seule grande ville de l'Oblast. Ensuite Russkaya Bay est magnifique, l'eau y court partout et l'on rejoint par un chemin sinueux dans le bush une belle cascade. Mais surtout dans cette baie, l'ambiance est au mystère.

On y trouve différentes traces de vie : de petites maisons habitées par quelques pêcheurs saisonniers et des rangers (on est en zone préservée).

En montant plus haut, voici un lieu fantôme : un ensemble de bâtiments qui abritaient des garde-frontière. Vides, abandonnés emplis d'herbes folles, d'écrous, une veille machine à laver là, une mini-icône ailleurs, des casques abandonnés, une chapka miteuse accrochée à un balai, le métal peint s'écaille et l'ensemble est impressionnant. Comme si du jour au lendemain, avec la fin de l'ère soviétique, tout le monde était partis sans se retourner sur Russkaya.

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Et puis on y voit des traces de mort également : un avion japonais s'est écrasé en contrebas, non loin de la plage. La carlingue est encore très visible, de même que les sièges. Des morceaux d'ailes décorent de manière un peu macabre la nature pleine de vie. Scène de film... On continue : à quelques centaines de mètres de là, une pierre tombale. Elle protège un couple de jeunes gens depuis 1969. Des cigarettes, des fleurs, diverses offrandes fraîches y sont posées ! La concession court jusque 2069. Le ranger présent plus bas n'arrive pas à expliquer le comment du pourquoi. Cela sent l'erreur militaire sur civils...

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Mais c'est l'épave rouillée au loin qui recèle la plus grande surprise. Ce vieux bateau couvert de rouille (photo de une) qui penche vers la mer est habité. Quatre hommes y vivent pendant quatre mois de l'année, de juin à fin octobre. Ils ont fabriqué un camp de fortune avec cuisine et chambre, ont bricolé un système pour récupérer l'eau d'une cascade non loin et ont installé un générateur : ils ont même la télé. Ils pêchent, disent-ils... et vont vendre régulièrement le produit de leur pêche à la grande ville. Mais en fait, à demi-mot, on peut comprendre qu'ils sont sur la trace des ours de la baie et régulièrement, par deux, ils remontent les chemins d'ours... Au Kamtchatka, on peut obtenir 500 permis de tuer un ours par an. Mais le braconnage est interdit, comme partout... Accueil cinq étoiles pour nous : ils nous font du thé, nous offrent une assiette pleine d'oeufs de saumon à l'éclat d'or orangé et nous offrirons même des cadeaux : des livres en russe ! Une rencontre forte avant de prendre la mer.

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Ce soir, nous dormirons avec vue sur le quai pluvieux et emcombré du port de Petropavlosk. Pour l'heure, le soleil apparaît. Et dans l'humidité de la bruine se dessine un arc en ciel qui illumine les côtes sombres. Ici, la nature est gigantesque.

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