Devenir des sujets désirants plutôt que des objets de désir, c’est réussir à repenser les relations amoureuses en tant que femme et à assumer son plaisir et son désir… Mais c’est loin d’être aussi simple qu’un claquement de doigt ! Joëlle Smets, sexologue clinicienne et collaboratrice scientifique à l’ULB, étudie de près la sexualité féminine et la sexualité du couple. Or, lorsque le désir diminue, ce ciment du couple se fragilise.

Cela vient d’une usure commune, l’envie de relations sexuelles perd de la force chez l’homme comme chez la femme mais la perte de désir sexuel des femmes est beaucoup plus fréquente, nous explique Joëlle Smets. Ce que les cliniciens appellent le "désir sexuel hypoactif" (DSH) touche entre 30 et 50 % des femmes ! Des chiffres évalués par plus d’un millier d’études qui se recoupent toutes. Et dont la conclusion est la même : ce désir en berne est un motif de culpabilité et de souffrance, c’est d’ailleurs la première cause de consultation féminine en sexologie. "Pendant des millénaires, la société patriarcale a confié la sexualité aux hommes et le relationnel aux femmes. Au fil du temps, elles ont intériorisé qu’il fallait contrôler ses désirs, à ne pas être trop libres, par peur de la mauvaise réputation. Implicitement, les femmes pensent avoir une sexualité émotionnelle et relationnelle qui conduit à une forme d’appréhension passive de la sexualité là où celle des hommes est considérée comme forte, active, naturellement dominante", décrypte Joëlle Smets.

Et selon Joëlle Smets, ces conceptions stéréotypées des sexualités masculine et féminine, qui entraînent une passivité féminine, "pourraient influencer également le désir des femmes qui sont en couple." Et partant, "fragiliser leur envie d’avoir une relation sexuelle avec leur partenaire de vie". Bien sûr, au-delà de ces "conditionnements culturels dont on hérite, il y a la personnalité, le vécu, les traumas, les abus, les personnes plus désirantes, le soin apporté à la relation, le stress, la dépression, les enfants, la charge mentale, les problèmes financiers, l’état de santé qui jouent aussi !"

Pour mieux comprendre ce qui sous-tend ce partage déséquilibré des rôles sexuels, Joëlle Smets lance une grande étude sur le désir sexuel féminin face aux stéréotypes sexuels de genre avec la collaboration de la psychologue et sexologue Marie Géonet, professeure à l’UCL. 

Toutes les femmes de plus de 18 ans en relation amoureuse depuis au moins 6 mois peuvent y participer : https://webapps.ulb.ac.be/facpsystudents/index.php/429497?lang=fr