Après avoir subi une ablation du sein, des drains sont posés avec des bouteilles à leur bout pour évacuer le sang et la lymphe. Ces jolis sacs colorés permettent donc aux femmes de cacher ces bouteilles transparentes, mais aussi de les emporter facilement. Pour Hedwige de Duve, fondatrice du projet qui a elle-même été touchée par la maladie, ces bouteilles représentaient un vrai calvaire : "Je les appelais mes chihuahuas. Les médecins et infirmières nous conseillent de marcher dans les couloirs pour nous rétablir plus viteen emportant ces bouteilles." Elle souligne aussi le traumatisme qu’une telle bouteille peut provoquer chez les enfants des malades, leurs proches, et même chez la malade elle-même qui subit déjà des bouleversements dans sa féminité. "On protège les enfants des films non adaptés. Là, c’est la même chose", explique Hedwige de Duve, qui a été bouleversée par la réaction de son fils. L’objectif premier du collectif est donc d’amener du mieux-être aux femmes opérées d’un cancer du sein.

Fin 2019, et forte de cette conviction, elle lance un appel sur les réseaux sociaux pour rassembler des femmes souhaitant coudre ces sacs. "J’imaginais un groupe de quatre ou cinq copines qui allaient se retrouver une fois par mois." Mais la quantité de réponses a largement dépassé ses espérances. "J’ai arrêté mes activités professionnelles pour lancer correctement Lovely Solidarity", témoigne celle qui était jusqu’alors thérapeute et artiste peintre.

En quelques mois à peine, le collectif, qui peut désormais compter sur 648 bénévoles actifs, s’est constitué en ASBL. Dès le début de l’été, les bénévoles ont fait don de leurs premiers sacs dans trois hôpitaux belges. Le CHU de Namur, l’hôpital Saint-Pierre à Ottignies et les cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles ont déjà reçu 250 sacs.

Cette initiative a même dépassé les frontières belges. Moins d’un an après son appel, Hedwige de Duve est aidée par des coordinatrices en Belgique, mais également au Luxembourg et en France, où le premier dépôt aura lieu à Niort d’ici quelques semaines. "Il fallait que ce soit un concept réplicable, qui ne rencontre pas de barrières culturelles, financières… Il fallait également se lancer en faisant attention à ce que chaque bénévole soit intégré et se sente valorisé."