La pensée rasoir. Autre préjugé qui concerne les femmes dans leur apparence, la question de la pilosité. La pilosité assumée et revendiquée est depuis les seventies l’apanage des féministes au verbe fort qui intiment l’ordre à leurs congénères de ne plus s’épiler et pour cause : il n’y a aucune raison hygiénique ou sanitaire à cela, alors à qui profite le non-poil ?

L’épilation féminine trouve ses causes historiques dans l’antique rapport de domination homme/femme, ce qu’exprime fort bien Azadeh Kian, chercheuse au Cedref (Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes). "L’expansion de cette pratique [l’épilation] date probablement du XVIIe siècle. Les nouvelles normes esthétiques sont liées à l’avènement de la modernité en Europe, les genres sont alors séparés. Les hommes occupent la sphère publique, les femmes la sphère privée. La différenciation entre le rôle de l’homme et de la femme se matérialise alors physiquement." Le port du poil revient aux garçons, les femmes, quant à elles, récupèrent l’imagerie d’un corps, fragile, doux et lisse. C’est donc pour combattre ce rapport de force que les féministes des années 70 ont fait du poil un de leurs symboles. Elles revendiquent le poil, cherchant à ne pas céder aux diktats de la représentation féminine. Ce qui a le don de faire hérisser le poil, précisément, à certaines personnalités féministes. A commencer par la créatrice d’origine belge Diane Von Furstenberg. Questionnée par nos soins à ce sujet, elle précise: "J’ai toujours été féministe et je me suis toujours épilée!"

On se rend compte que certains codes esthétiques associés à la féminité (et intégrés dans le rapport de représentation de genre) sont décidément inaltérables. Madonna qui, récemment encore, posait l’aisselle non épilée sur les réseaux sociaux en promulguant "Long hair don’t care" ("les poils ne comptent pas") s’était heurté à la moquerie généralisée, tant les femmes ont intégré la nécessité de ce code esthétique du féminin sans plus le questionner.

A lire pour compléter notre réflexion, le dossier de Léa Barbat sur http://www.slate.fr "pour qui sonne le poil"


Si on marche en talons c'est parce qu'on est soumises à la dictature de la représentation féminine

Catherine Tourre-­Malen est ethnologue. Dans ses travaux, elle s’est intéressée au phénomène du port des talons par la gent féminine. Parce que les femmes en portent de plus en plus. Parce que l’imagerie de la mode, et les créateurs poussent à la consommation - et ce bien que marcher à talons soit moins confortable que marcher à plat. "Il y a, dans la chaussure à talons, quelque chose qui entre dans la construction du féminin. Les femmes portent des talons hauts pour répondre, quelles que soient leurs raisons d’ailleurs, aux attendus de la féminité. Mais l’outil "talon" permet aussi aux femmes d’accéder à ce qu’elles dési­rent : ça ne fonctionne pas seulement dans un seul sens. Si on dit avec aisance que les femmes sont instrumentalisées comme objet du désir en tant que porteuses de talons, dit-on assez qu’elles vont pouvoir en tirer parti à leur tour ?"

Les talons demeurent une des pièces phares de la garde­-robe des femmes, inscrites dans la représentation du féminin, avec robes et jupes. Dans des espaces qui deviennent de plus en plus mixtes, au niveau professionnel par exemple, le talon marque la féminité, et, porté avec un pan­talon par exemple, l’exposition est limitée. C’est féminiser à bon compte une te­nue qui pourrait paraître unisexe voire masculine. La chaussure à talon est donc, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, une manière de prendre sa place professionnellement dans un univers extrêmement masculinisé, de signifier sa singularité. Les plus caustiques diraient un moyen de prendre de la hauteur.