Dans "Mon enfant pense trop", Christel Petitcollin, l'auteure du best-seller mondial "Je pense trop" s'est penchée sur la détresse de ces enfants qui ont un cerveau en ébullition et qui ne comprennent pas... qu'on ne les comprennent pas. Avec des solutions à la clé.

Après « Je pense trop », best-seller traduit dans le monde entier et qui mettait enfin le doigt sur le malaise de millions de personnes, « dont le cerveau mouline en permanence », Christel Petitcollin vient de faire paraître « Mon enfant pense trop ». "Mon premier livre a été un mode d’emploi indispensable, je m’en suis rendu compte par l’avalanche de courriers reçus. Beaucoup de personnes me disaient qu’elles s’étaient reconnues dans mon livre mais aussi qu’elles y reconnaissaient leur enfant. La phrase "Aidez-nous à les aider, je ne veux pas qu’il souffre comme j’ai souffert" est revenue si souvent... et m’a beaucoup touchée".  Conséquence logique, après avoir écrit "Je pense mieux" qui abordait les techniques pour mieux vivre avec un cerveau en ébullition, la formatrice en communication et développement personnel, conférencière et auteure s’est lancée dans "Mon enfant pense trop". Un livre mettant en lumière le fonctionnement multiple, "en étoile" de beaucoup d’enfants surefficients, qu’ils soient "surdoués", dyscalculiques, dyslexiques, autistes, haut potentiel, TDA/H (troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité), …
L’objectif du livre étant de "permettre aux parents d’expliquer aux enfants qui souffrent pourquoi ils souffrent. Mais c’est aussi un livre pour tous les adultes qui sont au contact des enfants".

Resituez-nous la façon de penser d’un surefficient.
Une cliente me parlait de famille de hamsters dans la tête en permanence ! Disons qu’il y a deux caractéristiques neurologiques principales. La première, c’est l’hyperesthésie soit le fait d’avoir les 5 sens en alerte beaucoup plus que la normale. Ils sont dans un ressenti exacerbé. Ils sont donc hypersensibles aussi, hyper-émotifs.
La deuxième caractéristique, pour savoir si on est surefficient ou normo-pensant (et il n’y a là aucun sens péjoratif) c’est que les normo-pensants ont une pensée logique, séquentielle et linéaire qu’on peut représenter comme un train de pensées ou une corde à nœuds oavec laquelle on avance de manière logique et progressive.
Chez les surefficients, la pensée part en étoile, une idée en fait jaillir dix qui en font jaillir dix autres. On imagine bien que l’organisation de la pensée est différente quand on a une corde à nœud déroulante par rapport à une toile d’araignée dans lequel on rebondit comme un ouistiti !

Comment peut-on déceler que son enfant est surefficient… et pas simplement casse-pieds ?
La surefficience, on la repère assez tôt, ce sont des bébés qui sursautent, qui sont petits dormeurs qui sont coléreux. Ces enfants ont aussi un regard sérieux, intense, scrutateur : on voit qu’ils essaient de comprendre le monde.
Ils sont très gentils mais pas dociles, pas faciles à manager. Si on leur donne une consigne, un ordre, il faut leur expliquer pourquoi et ils n’obéiront que quand ils auront compris le bien-fondé de la demande. Ces enfants ne supportent pas qu’on bêtifie avec eux et du coup ils s’adressent aux adultes d’égal à égal. C’est cela qui perturbe pas mal d’adultes d’ailleurs parce que on a l’habitude que les enfants soient « soumis » à la volonté adulte. Les jeunes surefficients ont besoin de défi et de complexité. Ils se réveillent lorsqu'ils sont stimulés.

Dans votre livre, vous parlez des « étiquettes » que l’on colle aux enfants atypiques : hyperactifs, dyscalculiques, dyslexiques, autistes, haut potentiel, TDA/H (troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité) qui les figent dans une case « malade ou dysfonctionnant ». Pourquoi la différence est toujours rattachée à la déficience ?
Toutes ces étiquettes ont pour tronc commun l’hyperesthésie et la pensée complexe. On retrouve ces caractéristiques chez tous ces enfants. Je pense que le monde est en train de s’asphyxier lui-même en voulant niveler les gens. La neurobiodiversité c’est comme la boidiversité, c’est une bouffée d’air frais qui fait un bien fou à l’ensemble, à tous niveaux.

Souvent les parents sont montrés du doigt parce que cela ne se passe pas bien à l’école, dans la rue, dans des groupes, … Comment les parents peuvent-il réagir ?
Ce que je recommande moi, c’est ce que j’ai expérimenté dans un atelier en Suisse durant lequel j’ai eu une expérience pratique avec 10 enfants étiquetés hyperactifs. J’ai pourtant simplement eu 2h pour leur expliquer le fonctionnement de leur cerveau en étoile et leur pensée complexe. Je suis rentrée dans le détail : pourquoi ils pensaient comme ci et comme ça alors que leurs parents, leurs enseignants, leurs copains ne les comprenaient pas. Comprendre qui ils sont, pourquoi ils pensent cela, c’est déjà le premier pas vers un mieux-être.
Dès que ces enfants savent qui il sont et comment ils fonctionnent, ils vont mieux. Le mot des parents c’est : « Mon enfant est transfiguré, il est heureux, bien dans sa peau ». Ces enfants et ados ont besoin qu’on arrête d’être dans le déni de ce qu’ils sont et même dans le déni du droit à être ce qu’ils sont. En fait, s’ils agissent, ressentent et pensent comme ça, c’est structurel ! On leur reproche qui ils sont, c’est violent quand même...
Après, aux parents de leur expliquer encore et toujours les règles sociales qui prévalent dans notre monde normo-pensant ! Leur dire aussi que beaucoup de personnes ne peuvent simplement pas les comprendre les aide aussi Ce sont des enfants hyper-intelligents, ils peuvent se réadapter vite et bien si on leur donne les bonnes clés.

En Suisse, les enfants se sont apaisés, se sont resociabilisés, ont aussi repris confiance en eux et les notes sont remontées.

Et l’école alors ? Comment fait-on pour les aider à se sentir à l’aise dans un système qui ne leur convient pas ?
En France, je dirais qu’il faut les armer pour survivre, en Belgique, vous êtes plus ouverts ! Des expériences concluantes ont été faites par des enseignants autour des méthodes de Céline Alvarez notamment qui remet en cause la méthode de lecture globale pour introduire du sens dans l’apprentissage. Sinon, la principale clé scolaire qu’on peut donner aux enfants c’est qu’une pensée complexe simplifie les choses complexes et complexifie les choses simples. En gros : si tu n’as pas compris c’est que c’était trop simple et que ton cerveau a complexifié, reviens aux évidences. Un cerveau complexe a besoin de complexité.

Comment fait-on pour qu’un parent normo-pensant puisse aussi lâcher prise et comprenne... qu’il aura toujours du mal à comprendre son enfant finalement !
C’est difficile pour un parent normo-pensant ou qui a appris à se glisser dans la norme d’élever un enfant comme ça parce qu’il déborde toujours du cadre. En fait, personne ne sait qui est l’autre. Alors mieux vaut que le parent se mette au service de son enfant pour lui décrypter les codes qui prévalent dans la société : la compétition, l’individualité, les consignes, ... Il s’agit de lui dire : « Je suis cablé.e comme il faut pour comprendre ce monde alors écoute moi parce que ce sont les codes actuels, ce sont des clés de compréhension qui vont t'aider ».

> "Mon enfant pense trop - Comment l'accompagner dans sa surefficience", Christel Petitcollin, Ed. Guy Trédaniel.