Dans sa pratique, Diane Drory entend parler des pères mais les entend souvent moins parler eux-mêmes. Et les beaux-pères alors ? "Encore moins", assure la psychologue et psychanalyste de renom qui affirme que les nouveaux compagnons des mères ont pourtant un beau rôle à jouer.

"Certains voudraient s’investir mais ils ne savent pas trop comment, leur rôle est encore flou." Dans son nouveau livre, Le nouveau parâtre - Quand il aime l’enfant de l’autre (Ed. Genèse), la psy évoque les hommes de ces familles recomposées de plus en plus nombreuses et les pièges à éviter. À travers les témoignages des mères, des enfants, des beaux-pères aussi, elle soulève les difficultés qui sont souvent bien présentes : "On peut dire que sans le vouloir, la mère ne lui laisse pas trop de place parce que justement elle a la sienne : ‘ce sont mes enfants, je gère’ !" Effectivement, culturellement, c’est davantage la femme qui s’occupe du "care", ce qui crée un lien d’attachement tangible. Bien sûr, le beau-père peut réparer un vélo, être chauffeur pour le sport, mais c’est surtout par une écoute, un regard attentionné qu’il créera un vrai lien d’attachement. "On écoute, on prend du temps, on ne s’impose pas avec ses habitudes d’avant, résume la psy, sans pour autant laisser toute la place."

Le secret, c’est le temps : "Toute la famille est habitée par un passé, sort d’une autre culture familiale. Au départ, le lien est faible, c’est sûr, et il faut laisser passer le temps du deuil de la première famille, au rythme des enfants." De même que "la bonne volonté et l’ouverture de cœur".

La bonne approche

Un père et un beau-père ne seront jamais comparables, quels que soient les liens de confiance noués avec ce dernier. La carte à jouer du beau-père ? Celle de la personne-ressource, plus pragmatique, en cas de problème, comme pourrait le faire un grand-parent en quelque sorte : "Parce que cela nous prend moins aux tripes, cela titille moins notre narcissisme de parent." Un beau-père aimant, c’est aussi "un modèle identificatoire émancipant", loin des attentes transgénérationnelles ("tu seras médecin mon fils !") notamment, et qui consolide l’estime de soi de l’enfant. "On croit toujours que les liens dépendent des personnes mais ce sont les liens que nous tissons ensemble qui nous forgent", établit Diane Drory.

Diane Drory sera en conférence sur ce sujet à la Vénerie de Boitsfort, organisée par l’association Parents-thèses, le 20 octobre à 20 h. Inscription nécessaire sur le site et rediffusion sur le site le lendemain.