Chloé, Malvina, Alexandra, Lina : chacune nous raconte leur parcours, riche et instructif.


Comme le dit la journaliste Safia Kessas à l'origine d'un nouveau programme sur la RTBF appelé "Les grenades", le mot "féministe" est un mot "agréable", synonyme de paroles et d'action. Nous sommes allées à la rencontre de quatre femmes qui toutes ont des chemins différents mais la même volonté : l'égalité entre hommes et femmes et le combat des injustices si nombreuses.


Alexandra : "C’est nous, les femmes qui nettoyons, qui nous occupons des enfants, des personnes âgées, etc. Si nous nous arrêtons, ce serait une crise totale en Belgique"

A 35 ans, Alexandra est membre de la Ligue des travailleuses domestiques CSC-MOC Bruxelles. "La petite fille dont je m'occupe, et qui n'a que 10 ans, m’a posé un jour une question : « Alexandra, pourquoi toutes les personnes qui nettoient, ou toutes les nounous, sont étrangères. » C'est la question que la petite m'a posée, et ça m'a coupé le souffle. Je me suis dit « waow », si cette petite fait cette analyse, pourquoi les adultes qui ont le pouvoir dans ce pays ne l’analysent pas ?

Je fais partie d'un collectif de femmes. Nous sommes en situation irrégulière, je ne dirais pas que nous sommes sans papiers, parce que, nous avons des documents d'identité, un passeport, qui nous identifient dans n'importe quelle partie du monde, mais qui malheureusement ne nous permet pas d’être en « séjour légal » ici en Belgique. Beaucoup, mais vraiment beaucoup de femmes, gagnent un salaire dérisoire. Car les gens en profitent, ils disent : "Dans ton pays, cela vaut autant, c'est beaucoup d'argent". Mais elles ne vivent pas dans leur pays, elles vivent en Belgique où un loyer moyen pour une femme seule équivaut à 500 euros par mois. Mais si tu gagnes 500 euros par mois, que te reste-t-il pour vivre ?

Nous ne demandons pas un travail d'avocat, non. Nous demandons quelque chose de basique : de pouvoir travailler légalement, bénéficier de congés, etc.

Nous faisons un travail qui est invisible et pour le rendre visible, il faut nous arrêter de travailler et là, ils vont se rendre compte de la nécessité de notre travail. C'est pour cette raison que nous portons ce slogan qui dit : "Vos toilettes propres, nos propres papiers !"


Malvina : "J'ai lancé un compte WhatsApp comme un lieu où l'on peut toutes venir parler de ce qui nous touche"

Malvina n'est pas membre du collecti.e.f 8 mars. Elle a pris contact avec les femmes qui l'animent il y a à peine un mois. « La condition de la femme, ça me touche depuis des années, je vois les injustices, tout ce qui ne fonctionne pas parce qu'on est simplement une femme, c'est tellement banal que parfois cela passe sous les radars et pourtant c'est là », résume-t-elle, « et je me sentais bien seule face à ça ».

Dans son entreprise très majoritairement masculine, où le travail se fait en solitaire, elle avait envie de poser un acte qui fasse "bouger les choses", de rassembler et, il y a un an, elle crée un compte Whatsapp « comme un lieu où l'on peut toutes venir parler de ce qui nous touche, de ce qu'on vit, de ce qu'on voit ». Cela se met en place petit à petit. Mais elle se heurte aussi à une inertie du nombre : pas mal de ses collègues disent surtout « qu'il n'y a pas de raison de se plaindre, que l'on est payées comme les hommes ». Pourtant, il n'y a pas que ça bien sûr : les remarques sexistes, les blagues de très mauvais goût venant de collègues ou d'instructeurs, les toilettes à l'hygiène douteuse, « il y en a assez ».

La direction a mis en place des procédures mais c'est tellement lent que Malvina sent bien qu'avec de la cohésion, il y aurait moyen de faire plus et plus vite...

Suivant des comptes Facebook d'associations ou de revues féministes, Malvina entend parler du collecti.e.f, de son appel à la grève, du relais de revendications multiples qui lui parlent, elle se réjouit. Celui-ci lui envoie beaucoup de documentations rédigées après les AG « Cela m'a vraiment rassurée dans mes questionnements, je me sens beaucoup moins seule, elles m'ont donné des outils et l'impulsion de foncer ! Je me suis rendu compte que je voulais vraiment faire utiliser mon droit de grève individuel pour les femmes en situation précaire, pour toutes celles qui ne peuvent pas manifester. »

Malvina fera donc grève et avec quelques unes du groupe Whatsapp, elles iront rencontrer leurs collègues, dans les dépôts comme dans les bureaux. « Mais l'idée c'est que le groupe soit permanent, solidaire et que cela cimente quelque chose entre nous. Et petit à petit, que cela aide à faire bouger ».


Chloé : "J'ai commencé à militer parce que j'ai fait la liste de tout ce que j'avais pu subir, c'était sans fin"

Chloé Vandenberg est militante féministe active depuis quelques années. A 24 ans, elle termine un master en science et gestion de l'environnement et elle est membre active et infatigable du Groupe de mobilisation des étudiantes de l'ULB, qui fait lui-même partie du Collecti.e.f 8 maars. "J'ai commencé à militer parce que j'ai fait la liste de tout ce que j'avais pu subir : les attouchements, les propos super sexistes, les mots lourdingues, l'insécurité rampante, ... En devenant militante féministe, c'est comme si j'avais un filtre de lecture par rapport à ma vie, cela m'a permis de mettre des mots sur ce que je ressens et ne pas intérioriser des faits qui m'apportaient une sensation de malaise. »


Lina : "Je vivais en Amérique latine et il fallait toujours que je me justifie"

Lina Rendel a 22 ans, elle est en lettres et langues et si elle est féministe « depuis l'âge où elle a appris que cela existait », cela ne fait que quelques mois qu'elle a décidé de devenir militante en faisant partie du Groupe de mobilisation des étudiantes de l'ULB, qui fait lui-même partie du Collecti.e.f 8 maars. « J'ai longuement vécu en Amérique latine dans un pays bien machiste. J'ai eu une éducation féministe mais à chaque fois que j'expliquais quelque chose, même à des mais, on ne me croyait pas. Un homme parlant de la même chose, lui on le croyait. Je ne me faisais pas respecter.

Je suis féministe depuis longtemps, j'ai eu une éducation féministe mais j'ai toujours senti qu'on ne me respectait pas assez simplement parce que j'étais une femme. On ne me croyait pas par exemple quand je parlais dans cette société machiste où les femmes n'ont pas d'importance ! Il fallait toujours que je me justifie. Après, j'avoue qu'il faut faire le pas pour devenir militante parce qu'on est toujours en lutte. Mais une fois qu'on y est, on ne se sent plus jamais seule »