Lors de la constitution des jurys d'assises, on entend souvent les excuses les plus farfelues dans la bouche de ceux et de celles qui, tirés au sort, veulent à tout prix échapper à la tâche, il est vrai difficile, de juger un semblable. Mais il est rare de voir un juré désigné disparaître de la circulation en cours de route pour un autre motif que la maladie ou la maladresse, à savoir laisser transparaître publiquement ses sentiments.

Devant la cour d'assises du Hainaut, à Mons, c'est une tout autre raison qui explique le forfait soudain d'un des douze jurés. La cour juge Steve Becker, accusé du meurtre d'Ali Akbar Chokr, commis à Quaregnon le 12 juillet 2014. L'accusé a commencé par comparaître libre mais, lors du quatrième jour du procès, le 2 juin, le ministère public a mis à exécution l'ordonnance de prise de corps suspendue depuis janvier 2016 et Steve Becker a été conduit en prison. Le lendemain, il a été tabassé d'abondance lors de la promenade au préau et un médecin légiste l'a placé en "incapacité de travail" pour plusieurs jours. Conséquence, le procès d'assises a été suspendu pour une semaine.

Ce report n'a pas du tout fait les affaires du quatrième juré. Celui-ci, persuadé que le procès serait terminé en fin de semaine passée au plus tard, avait dûment acheté sa place de spectateur pour suivre, ce lundi soir, à Lyon, la rencontre Belgique-Italie dans le cadre de l'Euro 2016. Et il a fait savoir à la cour, qui en a pris note, qu'il n'était pas question qu'il manque ce rendez-vous attendu de longue date. Le juré défaillant a donc été remplacé par le premier juré suppléant.