Magazine

Corin Sworn est une artiste contemporaine reconnue. L'année dernière, elle a remporté le Max Mara Art Prize for Women et a pu aller passer 6 mois en Italie, entre recherches, création, dans une certaine dolce vita italienne. Elle raconte ce qui a été une parenthèse extraordinaire de sa vie d'artiste.


On connaît Max Mara pour ses manteaux chicissimes mais pas dadames. Pour l'élégance très "à la française" de cette marque italienne créée en 1951 par Achille Maramotti. Pour son histoire familiale aussi : elle est désormais dirigée par Luigi, le fils du fondateur très distingué et bien d'autres membres de la famille sont aux postes-clés. Mais aussi pour sa discrétion stylistique : Max Mara travaille ou a travaillé avec Karl Lagerfeld, Proenza & Schouler, Dolce & Gabbana, Emmanuelle Khanh et Alessandro Dell'Acqua sans que jamais un nom n'apparaisse. C'est le style qui compte avant tout...

Max Mara c'est aussi une approche très classe des femmes aux tailles voluptueuses avec Marina Rinaldi. Kate Middleton, dingue de « coats » en porte régulièrement dans ses sorties et dans sa vie. Et c'est enfin un succès international incontestable avec plus de 2400 boutiques dans le monde !


UN VRAI SOUTIEN A L'ART ET AUX FEMMES

Ce que l'on connaît moins, c'est l'investissement de la marque italienne pour soutenir l'art contemporain et faciliter le développement du talent et de la créativité des femmes. Ainsi Max Mara présente depuis 15 ans son « Face of the Future Award » décerné à de jeunes actrices en devenir comme Kate Mara cette année ou Hailee Steinfeld l'année dernière.

Depuis 2005, Max Mara attribue également le Max Mara Art Prize for Women, créé en partenariat avec la Whitechapel Gallery de Londres. Un tremplin exceptionnel à la création puisque ce Prix permet à une artiste (habitant le Royaume-Uni) de passer 6 mois en résidence d'artiste en Italie pour travailler sur un projet nouveau. « Nous soutenons les femmes artistes car, même si beaucoup de choses ont changé dans la condition féminine, nous savons tous qu'elles doivent se battre plus que les hommes pour défendre leur créativité. Notre prix est une façon de soutenir leur art et leur énergie, même si, au fond, c'est surtout l'occasion de vivre et de travailler en Italie », explique d'ailleurs Luigi Maramotti.

Les oeuvres qui naissent de cette demi-année créative sont exposées à Londres en mai de l'année suivante puis en Italie en octobre, au siège de la société, à Reggio Emilia à la Collezione Maramotti, qui rassemble plus d'une centaines d'oeuvres d'immenses artistes (Francis Bacon, Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente...).


LA LAUREATE : DE GLASGOW A ROME

© Fondazione Maramotti


C'est donc Corin Sworn, une artiste qui vit et travaille à Glasgow qui a été la lauréate de la cinquième édition du Max Mara Art Prize for Women. Elle réalise essentiellement des dessins, des photographies, des installations monumentales de même que des vidéos. L'artiste s'est avoué particulièrement intéressée par l'évolution de la Commedia dell'Arte à travers l'histoire et le rôle sociologique du jeu, du masque aussi bien que les questionnements autour de l’identité et l’usurpation d’identité.

Corin a ainsi pu consulter des manuscrits très rares sur le sujet, visiter des théâtres, s'imprégner de l'ambiance italienne à Rome, Naples et Venise. Une liberté artistique totale alliée à une expérience de vie extraordinaire... Elle nous raconte ses 6 mois Max Mara.


L'INTERVIEW

Qu'est-ce que cela vous a apporté artistiquement parlant ?

C'est un véritable luxe de posséder 6 mois à soi pour faire des recherches, vivre son sentiment artistique complètement. Cela m'a permis de développer de nouvelles idées pour mon travail, de nouvelles formes, de nouvelles pistes de réflexions artistiques. C'est un immense enrichissement de pouvoir prendre le temps de visiter, de voir de ses yeux, de s'imprégner de l'histoire d'une ville et de partir à la découverte de la commedia dell'Arte, un art qui m'inspire, qui m'apporte.


En tant que Britannique, comment connaissiez-vous la Commedia dell Arte ?

Je ne connaissais pas tant que ça ! J'avais fait quelques recherches sur le sujet car en tant qu'artiste conceptuelle, la représentation sous toutes ses formes m'intéressent. En bénéficiant du support de Max Mara, j'ai pu en faire l'axe de mes recherches. Et découvrir beaucoup beaucoup de textes, d'études, d'histoires qui m'ont fascinés.


© Fondazione Maramotti


Vous êtes allée à Rome, Naples et Venise, comment avez-vous appréhendé ces villes ?

J'ai rencontré Marina Dacci, la directrice artistique de la Collezione Maramotti. J'ai pu longuement parler avec elle de mes recherches et elle m'a beaucoup aidée à préparer ces 6 mois. Au début, j'avais une carte et des objectifs, j'allais beaucoup dans les bibliothèques pour en savoir toujours plus. Ensuite, graduellement, ce sont les rues qui m'ont happées ! C'était merveilleux de voir, de vivre ce que j'avais lu le matin. J'ai vécu 3 mois à Rome, 2 mois à Naples et 1 mois à Venise. En fait, pour tout dire, avant mon départ, je ne pensais pas que j'aimerais Rome et j'ai adoré Rome. Je me voyais évoluer à Naples avec délice et finalement, Naples n'est pas une ville, comment dire?... confortable. Quand à Venise, c'était la ville la plus intéressantes pour mes recherches sur la commedia dell'Arte. C'est un vrai puzzle culturel et historique, Venise, c'est incroyable...


Pourquoi la Commedia Dell'Arte vous intéressait tant ?

C'est un art complètement fascinant par la magie qui se dégage de ces masques et c'est aussi la première fois que des femmes sont montées sur scène. Et on sent dans ces personnages beaucoup de poésie et de philosophie. Aujourd'hui cependant, l'âme de la commedia dell'Arte a changé, il s'agit plus d'être dans le registre comique ou dans la performance physique. Les histoires sont plus simples qu'initialement, la dimension philosophique a disparu. Je suis une artiste conceptuelle, et c'est pour cela aussi que j'ai tout de suite aimé la commedia : en fait, c'est bien plus compliqué que cela n'y paraît. Sous la farce, il y a une force intellectuelle indéniable.

Et c'est assez étrange de travailler sur un art qui n'a pas été photographié ni chroniqué de manière importante. Cela fait appel beaucoup au rêve, à l'imagination, à l'imprégnation. Etre sur place m'a aidée énormément.


Avez-vous eu assez de 6 mois pour faire le tour de la question ?

Non alors ! (Rires) Après 6 mois, le mystère italien est toujours bel et bien là !


© Fondazione Maramotti


Racontez-nous une journée-type... (Voir la vidéo ci-dessus)

Je suis allée en famille en Italie, mon compagnon et notre petit garçon qui avait 8 mois lors de notre départ, sont venus avec moi. Le matin, je quittais la maison à 9h pour aller travailler dans des bibliothèques, je me plongeais dans de vieux livres d'histoire, d'art. Et l'après-midi, je marchais dans les rues pour voir de mes yeux ce que j'avais pu lire ! C'était incroyable de pouvoir faire cela et soudain, le passé semblait tellement présent. J'ai rencontré aussi pas mal de monde, des spécialistes ou des Italiens amoureux de leur culture ! Et j'ai visité plein de musées bien sûr, surtout ceux qui étaient consacrés au théâtre et à la commedia dell arte. Le midi, je faisais une pause : le mieux, c'était quand je m'installais à une terrasse d'un café pour manger un petit truc et je regardais les gens, les choses autour de moi, je m'imprégnais de tout cela. Vers 17 ou 18h, je rejoignais ma famille et l'on rencontrait des connaissances, on allait prendre l'aperitivo sur des petites places. Liath, notre fils était notre ambassadeur, l'Italie est un pays où l'on adore les enfants et on a pas mal parlé à des gens grâce à lui ! Et le soir, j'allais voir des spectacles.


"Etre en famille devenait un atout :

tout était plus vivant

en plus d'être intellectuellement profitable

et artistiquement nourrissant"



Est-ce que vous vous êtes parfois permis de vous sentir en vacances?

L'artiste en moi ne me laisse jamais de répit ! Tout ce que je vois, ce que je ressens, ce que j'apprends, me sert d'une façon où d'une autre. Ma tête travaille tout le temps mais c'est un vrai plaisir évidemment. Et puis je flânais dans ces rues italiennes, je faisais des photos, je dessinais dans mes carnets, j'écrivais : c'était un climat de dolce vita avec un esprit affûté.


Fin août, vous êtes rentrée à Glasgow, c'était difficile ?

Cela a été un sentiment double évidemment. J'étais triste que cette aventure extraordinaire se termine et de quitter tous ces légumes merveilleux que j'ai pu manger en Italie ! Mais en même temps, c'est bon de retrouver ce sentiment d'être à la maison. Les choses deviennent à nouveau « simples » en quelque sorte. Et mon petit garçon semblait aussi heureux de pouvoir se poser !


© Fondazione Maramotti


Vous avez beaucoup écrit et photographié, j'imagine ?

Oui, j'ai pris beaucoup de photos ce qui me permet de me rappeler des sensations et de retrouver des pensées que j'ai pu noter dans mes carnets.


Un souvenir que vous avez ramené ?

Un bouchon pour fermer les bouteilles ouvertes !


Votre oeuvre est-elle achevée ?

Non, non pas encore ! Ce sera une installation qui prendra place à la Collezione Maramotti. Je sais déjà vers quoi je me dirige mais pour l'instant, j'ai encore tellement d'impressions, je dois simplifier, je dois choisir et affiner ma réflexion. En fait, je n'ai pas fait le tour de ce que je voulais voir et apprendre en Italie mais dans le même temps, j'ai tellement de choses en tête que c'est difficile de devoir faire des choix.


PRATIQUE

Max Mara Art Prize for Women : Corin Sworn. 20 Mai-19 juillet 2015, Whitechapel Gallery, London (Gallery 2) et du 3 octobre 2015 au 28 février 2016 à la Collezione Maramotti, Reggio Emilia