On pourrait sans peine prendre le sujet par-dessus la jambe en jurant que le sexe et les affaires de ménage transpirent de légèreté. On pourrait sans peine faire comme si le football n’avait pas à se laisser embuer par de tels sujets.

Reste que les derniers jours de l’Euro ont vu les polémiques se bousculer sans que l’on ne comprenne trop pourquoi la "question sexuelle" déboule subitement dans la compétition. Un chien ne s’y serait sans doute pas pris autrement pour perturber un jeu de quilles.

Il y eut d’abord la sortie d’Antonio Cassano, déclarant avec toute la candeur qu’on lui connaît que la présence éventuelle de joueurs homosexuels n’était pas son problème. "Mais j’espère qu’il n’y en a pas un dans l’équipe italienne. Et ne traduisez tout de même pas cela aux journalistes polonais."

Son sourire d’adolescent attardé aurait alors pu gommer tous les faux débats mais voilà que la communauté gay allait aussitôt se braquer sur le mot de "frocho" (terme péjoratif désignant en italien un "pédé") et obliger l’international italien à un rétropédalage dont le joueur est désormais coutumier. "Je suis sincèrement désolé que mes propos aient soulevé la controverse et les protestations d’associations des droits homosexuels", a regretté Cassano. "L’homophobie n’est pas un sentiment qui m’anime, je n’ai voulu offenser personne et ne voulais certainement pas remettre en question le fait de vivre librement sa sexualité chez qui que ce soit ."

Concordance des temps oblige, le site de rencontres extraconjugales, Glee den.com profitait de la journée d’hier pour expliquer l’Euro des femmes. "Nous observons des pics d’inscription sur notre site pendant la compétition ", expliquait l’entreprise dans un communiqué. "53 % des femmes redoutent l’Euro car le football représente une source de conflit dans leur couple." De là à changer de draps, le pas est parfois vite franchi.

Reste qu’entre le conservatisme d’un Cassano (l’homosexualité restant parmi les joueurs un tabou bien cadenassé) et les côtés plus libertins, le monde du football ne semble toujours pas savoir sur quel pied danser. La présence des femmes de joueurs au cours de l’Euro suffirait d’ailleurs à résumer toute l’ambiguïté du milieu autour de ces enjeux. Alors que l’entraîneur allemand, Joachim Löw, s’était directement rangé dans le camp des "amis de la liberté" (permettant aux femmes de joueurs d’entrer dans la chambre de leur conjoint après chaque match disputé), les choses semblent nettement plus compliquées du côté français. Suite à de sérieuses négociations avec le président de la Fédération française, Noël Le Graet, les femmes pourraient débarquer à l’hôtel de Kircha après le dernier match de poule face aux Suédois. "Je dois tenir compte de l’argument psychologique", confiait ainsi Le Graet pour justifier le coût pris en charge par la "Fédé" (240 000 euros pour le voyage des femmes en 2010. "C’est comme dans la vie, on se sent toujours mieux avec une femme à ses côtés."

Entre ouverture et porte close, le monde du football s’emmêle parfois dans des arguments scientifiques pour pouvoir se justifier. Psychologie d’un côté, physiologie de l’autre (le sexe serait particulièrement déconseillé à la veille d’une compétition) ne peuvent pourtant brouiller une idée claire : face aux affaires de couple, le football n’est pas plus inspiré que le reste de la société.