A nouveau, le scénario cauchemardesque des attentats se reproduit. Les images des actes terroristes à Bruxelles ce matin, des évacuations des blessés et les interventions régulières des envoyés spéciaux rythmes les programmes spéciaux des télévisions et des sites web. Au vu de l'ampleur dramatique des événements, il est difficile de décrocher des écrans. Mais quelles sont les conséquences de ces images anxiogènes que l'on voit en boucle? 

Nous en avions parlé avec Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie, directeur de recherche à l’Université Paris VII Denis Diderot. Dans son ouvrage « 3-6-9-12 apprendre à apprivoiser les médias » (Ed Erès), ce spécialiste de la télévision et des médias a donné aux adultes des clés concernant les enfants, la télévision et leur propre comportement. Les questions et les réponses sont toujours autant d'actualité.


On assiste à un déferlement d'images dramatiques et anxiogènes. Cela nous informe mais est-ce que cela ne nous surinforme pas ?

Les télévisions et les sites d'info sont soumis à une triple contrainte. D'abord, les médias télévisés ont besoin de remplir les écrans, c'est le principe même de la télévision. Ils doivent suivre l'info et en rendre compte. Ce faisant, ils ont l'obligation de couvrir les efforts et les progrès de la police et les actions qui se passent. Dans le même temps, ils ont peu d'images et peu de possibilités supplémentaires.

Les médias ont en effet des consignes d'état d'urgence, ils ont obligation de ne pas communiquer des informations sur les forces de l'ordre susceptibles d'être utilisées par des terroristes.

Bref, dans un cas d'événement dramatique majeur, ils sont piégés par cette contradiction : il est nécessaire de montrer les événements pour informer et donc pour faire de l'audience sans dépasser le cadre imposé par les forces de l'ordre.

C'est la logique des télévisions d'infos continue qui sont des producteurs de stress. C'est une vraie machine à stresser ! La logique d'audience est à prendre en compte dans la couverture de ces événements.


Que faire alors ?

Il faut vraiment s'arracher à l'image et arrêter de regarder en boucle. La logique des téléspectateurs des médias télévisés c'est de chercher des images et des infos pour se rassurer en cas de crise majeure, pour se tenir au courant. C'est une démarche saine : on y va finalement pour « se faire du bien » mais les infos sont morcelées, contradictoires, répétitives : il n'y a pas du tout de réassurance à la clé mais une surcharge d'angoisse.


Cela fait-il de nous des voyeurs ?

L'être humain doit sa survie à un sens visuel extrêmement fort. Nous sommes des êtres de regard, on est attiré par tout ce qui bouge et donc c'est tout à fait normal d'être attiré par la télévision dans ces cas-là. La télévision joue de manière intrinsèque sur ce désir visuel. Par exemple, avec cette accroche des écrans divisés en 4 où l'on ne voit pas grand-chose mais où cela bouge 4 fois : on a l'impression qu'il se passe beaucoup de choses, alors on reste, on regarde.

En résumé, la télévision ne fabrique pas des voyeurs, elle attise nos sens visuels. Et dans le cas qui nous préoccupe, en montrant l'actualité en live.


Un mot sur les enfants, concernant les images qu'ils voient à la télévision ?

C'est l'occasion de rappeler que manger devant la télé n'est pas du tout conseillé, cela stresse les petits et cela empêche de parler de ce que l'on peut voir. Si les enfants ont moins de huit ans, il faut regarder les infos sans eux, en leur disant que ce n'est pas vraiment pour eux et qu'on leur en parlera après. Après huit ans, demandez-leur s'ils ont envie de regarder ces images et concentrez cette fenêtre sur 30 minutes, avant le repas du soir. Et parlez-en ensuite.