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Les chocolatiers belges sont-ils des arnaqueurs ? Pour répondre à cette essentielle question de fin d’année, l’organisation de défense des consommateurs Test-Achats est allée quérir des ballotins de 250 grammes de pralines dans 22 magasins spécialisés et dix supermarchés de notre plat pays, avec une seule idée en tête : le consommateur qui achète 250 grammes de pralines les reçoit-il vraiment ou paie-t-il l’emballage en sus ?

La réponse est sans équivoque, pour les chocolatiers en tout cas, écrit La Dernière Heure. “En moyenne, le consommateur aura environ 9 % de moins que le poids payé, soit 230 grammes de chocolat pour 250 grammes promis”, note l’association dans un communiqué lapidaire. “Or, 20 grammes, cela peut sembler peu mais, étendu à l’ensemble des Belges, cela fait rapidement de très nombreux kilos d’air et de carton payés au prix de la praline.”

Oups, manquerait plus qu’on nous sorte un test du même acabit sur les moules-frites et c’est l’ensemble la gastronomie belge qui risque de s’effondrer d’un coup, d’un seul… Pas bon pour notre image tout ça. Moins encore pour le portefeuille du Belge moyen, qui lâche, selon Test-Achats, environ 25 millions d’euros par an pour du vent dans son chocolat…

Parmi les plus gros arnaqueurs, selon Test-Achats, figurent le très célèbre et réputé Pierre Marcolini et un petit jeune qui en veut, Laurent Gerbaud (respectivement 26 et 43 % d’écart). Ces derniers contestent virilement le test mené par Test-Achats (lire ci-dessous). Godiva – l’enseigne de Waterloo, en tout cas – s’en tire avec les honneurs tandis que le Neuhaus de la Grand-Place de Bruxelles signe un très honorable écart de poids de 3 % (un grain de café manquant peut-être…). Toujours sur la Grand-Place, Léonidas n’offrait que 216 grammes pour 250 payés (17 % d’écart).

Mais comment font nos éminents chocolatiers pour nous entourlouper de la sorte… ? Toute l’arnaque réside en réalité dans le poids de l’emballage, qui peut atteindre le tiers du poids total. Les plus honnêtes facturent le prix net du chocolat, sans l’emballage. C’est ainsi le cas du Godiva de Waterloo – et les autres ? Test-Achats ne le précise pas –, L’Aztèque, Bruyère, Darcis et Chocolat Champagne où le poids facturé correspond presque au poids net de chocolat.

En étant de très mauvaise foi, on pourrait penser qu’en nous en mettant un peu moins, nos chocolatiers pensent d’abord à notre foie, notre ligne. Car il n’est un secret pour personne qu’une très large majorité de notre si cher et fier chocolat belge contient des très lourdes proportions de… sucre.

Laurent Gerbaud et Pierre Marcolini démontent ce test

Réputés pour la qualité de leurs produits, les deux chocolatiers les plus mal classés par Test-Achats ont rapidement réagi. Ainsi, Laurent Gerbaud – qui certes reconnaît l’éventuelle erreur “d’une étudiante débutante qui ne savait pas comment comptabiliser le ballotin de 250 g et elle a pesé avec l’emballage sans faire la tare” – a directement demandé un droit de réponse à l’association, arguant du fait, entre autres, que son enseigne ne proposait pas de ballotins de 250 grammes. “Nous vendons nos chocolats au poids, au comptoir”, explique-t-il. “Les clients peuvent emballer en sachet ou ballotin. Un 150 grammes, on sait qu’il doit peser 195 grammes. On pèse les sachets sur la balance mais pas les ballotins. Le prix du ballotin est déjà enregistré dans la caisse. Le pire est que je ne gagne rien sur l’emballage ballotin afin de maintenir un prix abordable. Je trouve disproportionné que Test-Achats me décerne une image d’escroc alors que je me bats depuis 11 ans pour produire des chocolats bons, beaux et différents.”

Même tonalité chez Pierre Marcolini. “Déjà, nous ne vendons pas de boîtes de 250 grammes. C’est la chocolaterie de papy, ça. Nous vendons nos chocolats à la pièce, il n’y a pas de grammage sur nos étiquettes. Nous avons un coffret découverte de 34 pièces à 21,90 euros, soit 0,65 euro pour un chocolat d’environ 6-7 grammes. Ensuite et surtout, Test-Achats compare des pommes et des poires”, avance le meilleur ambassadeur du chocolat belge dans le monde.

Sur ce dernier point, Pierre Marcolini préfère ne pas citer de marques concurrentes. Osons à sa place. Il semble en effet évident que Test-Achats se mélange allègrement les pinceaux en mettant dans le même sac du chocolat vendu en supermarché et – pis – en vantant leur faible prix moyen au kilo avec des artisans chocolatiers parcourant le monde à la recherche des meilleures fèves. Avec ce genre de principe bidon, Test-Achats osera comparer la quantité de viande servie en assiette chez le snack à pita du coin avec celle du restaurant le plus étoilé du pays…