Ce nouveau documentaire montre la façon dont quatre mères isolées organisent leur vie avec un enfant handicapé. Conseils et éclairage de Jérémy Royaux, psychothérapeute.

Ce dimanche 5 octobre, Bozar Cinéma projettera le documentaire poignant « Le Complexe du Kangourou » de Sarah Moon Howe. Il présente la vie de quatre femmes et de leurs enfants atteints d’un handicap.

Ce film est né suite à une phrase qui a profondément marqué la réalisatrice. « Nous, parents élevant seuls nos enfants différents, nous n'avons même pas une demi-heure de répit par jour. Comment voulez-vous que l'on tienne le coup ? ». Telle est l’explication donnée par la mère d’un enfant autiste, après une disparition de trois jours et une lettre d’adieu.

« J'ai voulu rendre hommage à quatre femmes qui tiennent. Quatre femmes qui vivent quelque chose du purgatoire. J'ai voulu capter leurs difficultés et leurs stratégies quotidiennes pour reprendre leur souffle tout en étant présentes à leurs enfants. Avec ce film, j'espère faire émerger une question cruciale et un vrai problème de société: Qui aide l'aidant ? », explique Sarah Moon Howe, réalisatrice belge et maman d’un enfant handicapé.

Celle-ci ose explorer un thème particulièrement douloureux et délicat. Par le biais de son documentaire, elle met en lumière la difficulté quotidienne d’élever un enfant handicapé, l’isolement et l’impuissance de certains parents face à cette réalité, à ce « complexe du kangourou ».

D’après Sarah Moon Howe, ce dernier est caractérisé par le fragile équilibre entre le besoin de protéger son petit et le désir de le voir s'autonomiser le plus possible en dehors de la poche familiale.

« Ce "complexe" a été inventé par le grand public. Cela étant dit, il correspond à une réalité bien présente au niveau de la relation parent - enfant. Cette difficulté existe à la base pour tout parent mais semble bien plus importante quand les enfants présentent une fragilité. On peut d'ailleurs observer ce problème au niveau d'enfants devenus adultes mais toujours à la charge de leurs parents et ce, pour un grand nombre de pathologies. Je pense aux handicaps moteurs, intellectuels mais aussi à la schizophrénie. C'est un équilibre difficile à trouver. À la base, l'enfant est censé devenir totalement indépendant de ses parents. Quand c'est impossible, ceux-ci doivent indéfiniment rester dans un compromis entre pousser leur enfant à être indépendant pour certaines choses, tout en continuant à s'occuper de lui », déclare Jérémy Royaux, psychothérapeute, qui a rencontré des parents d’enfants handicapés, lors de son stage de dernière année à l’hôpital Saint-Luc.

« J'ai pu constater qu'un grand nombre de ces parents vivaient des situations très difficiles à cause de la dépendance énorme de leur enfant. Certains avaient arrêté de travailler, incapables de gérer le travail en même temps que leur enfant. D'autres se retrouvaient seuls car les difficultés liées au handicap avaient amené séparation ou divorce des parents. L'équilibre entre la vie personnelle de chacun et les besoins de l'enfant peut être difficile à trouver lorsque l'enfant est dans un état de handicap important. Cela dit, j'ai aussi rencontré des parents qui semblaient très soudés et qui gardaient le moral. On constate également que les structures d’accueil et de scolarisation pour les enfants handicapés sont loin d'être suffisantes. Certains parents sont obligés d'institutionnaliser leur enfant car ils ne disposent d'aucune structure scolaire ou d’accueil de jour adaptée près de chez eux », développe-t-il.

Quand la prise en charge est devenue trop pesante voire ingérable, « il ne faut pas hésiter à aller chercher de l'aide au niveau des associations de parents ou de soutien. Ces dernières sont souvent de bon conseil. Ou encore consulter un psychologue, de préférence dans un service spécialisé dans le domaine du handicap. Dans certains cas, la thérapie peut aussi apporter une aide importante. Le handicap de l'enfant peut amener des problèmes organisationnels, du stress, de la dépression, des conflits relationnels. Toutes ces difficultés peuvent aggraver la situation générale si les parents ne savent pas bien les gérer. C'est là que la thérapie peut apporter une aide précieuse », conseille M. Royaux.

Si vous souhaitez plus d'informations sur le sujet, surfez les sites officiels suivants (fédéral, Région wallonne et Région de Bruxelles-Capitale) : http://www.handicap.fgov.be/, www.awiph.be, http://phare.irisnet.be. Vous trouverez également sur ces deux sites des récapitulatifs (non exhaustifs) des structures d'aide et de soutien belges :http://www.handikids.be et http://www.bruxelles-integration.be.

En savoir plus : « Le Complexe du Kangourou » de Sarah Moon Howe, le dimanche 5 octobre à 20h, Palais des Beaux-Arts – Studio, rue Ravenstein, 23 à 1000 Bruxelles. Tarifs : 6 euros, prix plein et 4 euros, prix pour les étudiants, bozarfriends. http://www.bozar.be.