Magazine Napoléon monta trois chevaux à Waterloo. Mais aucun n’avait la robe blanche, contrairement à la légende.

LA MARIE, LA DÉSIRÉE ET Marengo, tels étaient les noms des chevaux que monta Napoléon durant la bataille de Waterloo. La première, de 10 à 13 heures; la seconde, dans l’après-midi; et le troisième, de 19 à 20 heures. Et, pour l’anecdote, aucun des trois n’avait la robe blanche. Ils étaient gris. Si les deux premiers ne sont pas entrés dans la grande Histoire, Marengo est, pour sa part, devenu une vedette. Non pour le coloris de son crin… mais pour son destin post-Napoléon.

L’Empereur aimait Marengo. Particulièrement pour sa vélocité. Capturé près d’Aboukir, il avait été ramené en France après la campagne d’Égypte. Sa physionomie était à ce point particulière que Napoléon l’avait choisi pour servir de modèle au peintre Jaques-Louis David, en train de réaliser l’un de ses plus célèbres tableaux : le Premier consul franchissant le Grand Saint-Bernard. C’était en 1801.

Selon Philippe Osché, auteur d’un remarquable catalogue des chevaux de Napoléon, la Marie et Marengo furent capturés au soir de la bataille. La première, réquisitionnée pendant la campagne de 1813 dans le haras du comte von Pless, fut, sur ordre de Blücher, rendue à son propriétaire prussien. Marengo, légèrement blessé à la hanche et portant toujours une balle à la queue, fut, lui, emporté par un certain Lord Petre, qui va le vendre aux enchères, à Londres, au lieutenant-colonel Angerstein, propriétaire d’un élevage de chevaux dans le Cambridgeshire. Il va servir pour des saillies très rentables à plusieurs reprises, offrant à sa progéniture la même robe grise qu’avait tant aimée l’Empereur. Il sera aussi montré en trophée, objet de tableaux et de lithographies, exhibé comme le symbole de la victoire de Wellington face à l’ogre français. Un symbole qui survivra à sa mort, à l’âge de 38 ans, son squelette étant depuis lors présenté dans une large vitrine au National Army Museum de Londres. Seuls manquent deux sabots : l’un, transformé en tabatière par Angerstein, est exposé, encore de nos jours, au mess des officiers des Royal Guards au Palais Saint-James à Londres; l’autre fait partie d’une collection privée.Yves Vander Cruysen