Mardi, le 14 février, c’est la Saint-Valentin, la fête des amoureux. Certains la voient comme une énième arnaque commerciale. D’autres comme une bonne occasion pour s’accorder un moment à deux, penser à l’autre, lui montrer son amour. Et, peut-être, tenter de panser des blessures, en se pardonnant, maillon indispensable – mais ô combien difficile à construire – dans toute relation de couple.


S’aimer par monts et par vaux, pour le meilleur et pour le pire. C’est un fait  : l’amour est loin d’être un long fleuve tranquille. Passée la romance des débuts, la vie à deux – ou un (petit) bout de chemin à deux – est faite de bonheurs et de déceptions, d’illusions et de désillusions.

Une remarque, une attitude, un geste, un comportement peuvent parfois blesser l’autre, à des degrés divers, consciemment ou non. A chacun alors sa façon de réagir  : certains auront besoin de s’exprimer –  dans le calme ou sous le coup de l’émotion –, de dialoguer; d’autres s’enfermeront dans le non-dit, la douleur voire la rancœur. Mais quelle que soit la nature de notre réaction, nous attendons tous, dans la plupart des cas, un geste d’ouverture, un pas vers l’être blessé  : “Pardon mon Amour…”

On se fait du mal à soi-même

“Le pardon dans le couple est indispensable”, estime Olivier Clerc, auteur et formateur français (1), créateur des Cercles du pardon et des Journées du pardon (2). Il explique  : “Le vocabulaire français est d’ailleurs intéressant : on dit ‘garder rancune’–on sent là quelque chose qui se bloque, se coince, se ferme– et on dit ‘par-donner’–c’est exactement le mouvement inverse. Aujourd’hui, on sait avec des études statistiques, notamment menées par Fred Luskin à l’Université de Stanford, que les gens qui n’arrivent pas à pardonner ne font pas du mal à l’autre, mais à eux-mêmes. Ils s’empoisonnent, ils s’intoxiquent, ils vont développer des pathologies digestives, des problèmes articulaires, musculaires et vertébraux, y compris certains types de cancers”. Et de poser la question suivante  : “Un couple qui veut vivre de manière harmonieuse, dans la joie, l’amour,…, s’il ne parvient pas à pardonner, que va-t-il lui rester comme relation ?”.

Guérir les blessures du cœur

Mais avant de se demander comment (arriver à) pardonner, interrogeons-nous d’abord sur le sens du pardon et son évolution. Ancré dans la tradition judéo-chrétienne, qu’est-ce que le pardon au XXIe siècle  ? “Il y a eu de gros changements au fil du temps, observe notre spécialiste du pardon. Pendant longtemps, le pardon a été l’affaire des religions. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je définis d’ailleurs le pardon comme ‘la guérison des blessures du cœur’. Regardez, au XXe siècle, on a fait des progrès spectaculaires en chirurgie, avec les antibiotiques, etc. Aujourd’hui, on sait guérir des maladies dont les gens mouraient massivement autrefois. Avant, on leur disait : ‘Il faut prier parce qu’on ne sait plus rien faire pour vous’. Hé bien, pour le pardon, c’est un peu pareil. On a été assez encombré, embarrassé pendant longtemps où on espérait une intervention divine pour que le pardon veuille bien descendre dans nos vies, et si ça ne marchait pas, malheureusement, il fallait vivre avec sa tristesse, son chagrin, son désespoir”.

Le pardon, héritage culturel

En Europe, le pardon est inscrit dans nos gènes. Or, “aujourd’hui, beaucoup de gens ont rejeté les structures religieuses dans lesquelles ils ont grandi –église, synagogue,…– et souvent, ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain, constate Olivier Clerc. Donc, ils ne veulent plus entendre parler du pardon. Mais quand ils sont en thérapie, qu’ils veulent avancer, à un moment donné, ils se retrouvent dans un no man’s land et sont bloqués”.

A l’heure de la société fast-food et des histoires amoureuses 2.0, nous sommes toutefois encore nombreux à vouloir fonder une relation vraie et sincère et, surtout, à lui donner une chance d’aller de l’avant, malgré les obstacles et dérapages qui peuvent cabosser notre confiance et notre respect de l’autre. “Nous ne pouvons pas supprimer cette notion du pardon, défend Olivier Clerc, car elle est inscrite dans notre ADN culturel. Par contre, nous pouvons la redéfinir, y mettre une autre conscience, un autre sens et une autre pratique”.

Et de fait. Depuis 20-30 ans, “la thématique du pardon a été reprise par des laïques, des gens du milieu psy, des universitaires. On se rend désormais compte qu’il y a moyen de comprendre ce qu’est le pardon et de le mettre en œuvre d’une multiciplicité de manières différentes”. Résultat  ? “De plus en plus de gens arrivent à faire ce chemin-là, à guérir et à aimer de nouveau, y compris après des drames inimaginables. C’est un formidable espoir pour la société, se réjouit Olivier Clerc, car pour moi, le grand chantier du XXIe siècle, c’est la guérison du cœur”.

Une prédisposition au pardon

Sommes-nous néanmoins tous capables de pardonner et de demander pardon  ?

“Je pense que nous avons tous une prédisposition à ça, affirme M. Clerc. Après, c’est comme pour les maths, la gymnastique, le ski ou la pétanque. Il y a des personnes pour qui cela va être un chemin relativement facile et naturel et d’autres pour qui cela va demander davantage de temps, un apprentissage plus important parce que c’est peut-être très éloigné de leur constitution de départ. Mais, je continue de penser que tout talent, toute capacité peut être apprise. On n’atteindra peut-être pas tous le même niveau, mais, en tous cas, par rapport à là où on en est au départ, on peut faire un sacré bout de chemin”.


(1) A lire  : “Le don du pardon”, Guy Trédaniel Editeur, 2010; “J’arrête de (me) juger”, Eyrolles, 2014; “Peut-on tout pardonner ?”, Eyrolles, 2015. Plus d’infos sur www.olivierclerc.com

(2) Créés par Olivier Clerc en 2012, les Cercles du pardon ont pour objectif d’aider tout qui souhaite se délester du poids du ressentiment. Il existe plus de 100 Cercles du pardon en France, Belgique, Luxembourg, Suisse, etc. Infos sur www.lesvoiesdupardon.com


Le dossier complet est à lire dans notre supplément "Quid" de ce week-end.