Vous ne pensiez tout de même pas qu'il a fallu attendre le web, Twitter et Facebook pour viraliser un pas de danse?

D'accord, nos vies online gagnent de plus en plus de parts de terrain dans nos agendas quotidiens, mais l'esprit parodique était là bien avant que nous n'ayons le besoin frénétique du clic, du buzz et des animaux amusants déguisés dans des costumes ridicules.

Slate.fr nous rapporte ainsi qu'en 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale, le Lambeth Walk, une danse à la mode, fut utilisée comme outil de propagande par les Alliés pour ridiculiser le Furher et l'Allemagne nazie.

Comment ça se danse le Lambeth Walk?

Mais avant l'instrumentalisation politique, le Lambeth Walk n'était que le Lambeth Walk, à savoir : une danse, à la mode chez les Anglo-saxons et les Américains dans les années 30, issue de la comédie musicale Me and My Girl.

Contrairement au Harlem Shake qui privilégie plutôt l'usage des bras -désarticulés, certes, mais des bras- le Lambeth Walk vous invite plutôt à bouger vos pattes arrières, en faisant de grandes enjambées d'avant en arrière et des high kicks, les jambes tendues vers le ciel.

Des pas simples pour une simple danse à la mode. Mais que se passe-t-il si on utilise notre sens du rythme à des fins politiques et contre-propagandistes?

Le Lambeth Walk, une "bêtise juive" dansée par les Nazis

Dix ans plus tard, en 1940, en pleine World War II, Charles A. Ridley, un membre du ministère britannique de l'Information, a une idée. Muni d'une bobine, d'une paire de ciseaux et de pas mal de créativité, l'homme réécrit Le triomphe de la volonté", film de propagande nazie réalisé par Leni Riefenstahl.

Ridley, monteur auto-proclamé, découpe et remonte le film à sa sauce, de telle sorte que les soldats nazis et Hitler lui-même semblent maintenant danser avec entrain le Lambeth Walk. Ainsi manipulé, le Furher pouvait dire au revoir à sa crédibilité martiale.

Cette director's cut est d'autant plus drôle qu'en 1939, un membre du Parti nazi avait publiquement dénoncé la danse, qui s’immisçait, lentement mais sûrement, dans la capitale allemande. Pour lui, le Lambeth Walk n'était "qu'une bêtise juive" faite de "sautillements bestiaux".

Peut-être, sauf que dorénavant, dans bon nombre de salles de cinéma, les Nazis la dansaient également, malgré eux certes, mais au vu de tous. Mission contre-propagande accomplie.

Goebbels n'aime pas danser

Mission totalement accomplie même, puisque Joseph Goebbels lui-même est sorti en rage d'une salle de projection après avoir vu la parodie. Le chef de la propagande nazie n'a apparemment pas apprécié de voir ainsi ses soldats ridiculisés et sa propagande réduite à néant…

Au Danemark, d'après l'historien Erik Barnouw, il n'était pas rare de voir débarquer des résistants dans les salles de projection pour forcer les projectionnistes à diffuser le clip musical anti-nazi.

Décrédibiliser l'ennemi et redonner un peu d'espoir aux vaincus, une pratique courante en période d'occupation. Comme en Belgique où des résistants avaient, il y a 69 ans de cela, réalisé un faux journal Le Soir pour ridiculiser l'occupant nazi.

En 2013, qui sera le premier à utiliser Gangnam Style pour humilier son adversaire?