Malgré une timide reprise de la nuptialité en 2014 par rapport à 2013 en Belgique, sur le long terme, la tendance au mariage reste au tassement. Mais la réponse est toute en nuances.

Le mariage ? “ Plus tendance que jamais ”, pour les uns. “ Totalement désuet ”, pour d’autres. “ Ni l’un, ni l’autre, c’est un engagement intemporel ”, nous a joliment répondu Muriel, 33 ans, employée.

A 70 ans, Jean-Pol, architecte, ne partage pas la même vision. Pour lui, le mariage est désuet. C’est ni plus ni moins “ une consécration savamment orchestrée par le commerce, l’église, le politique et tout le système financier. En 1970, innocents que nous étions, on se mariait pour la vie – seule la mort pouvait séparer un couple -. Aujourd’hui, on renie tout et n’importe quoi pour un oui ou pour un non.

A contrario, Gustave, 34 ans, estime que le mariage est “tendance”. “ Une génération se construit souvent par opposition à la précédente. Les baby boomers, c’est la “génération divorce”. Parmi les générations qui suivent (telle la génération “Y”), il y a ceux qui rejettent l’institution, et il y a ceux qui espèrent vivre le mariage autrement : non pas comme une fatalité pour rentrer dans le moule des us et coutumes de la société (ou par peur d’aller contre la tradition), mais comme un véritable choix (personnel et de couple) ”.

Une timide reprise de la nuptialité

Pour répondre objectivement à la question, au-delà des impressions, reflet de l’air du temps, il y a les chiffres, qui ne trompent pas. Si l’on s’en réfère aux dernières données de l’état civil, publiées par la Direction générale statistiques du SPF Economie, on parle d’une “ reprise timide de la nuptialité en 2014 ”. Soit une augmentation de 5,3 % de 2013 à 2014, nettement plus forte en Flandre (+ 9,1 %) qu’en Wallonie (+ 0,8 %) et à Bruxelles (-3,2 %). Ce qui représente, en chiffres absolus, un total de 39 879 mariages enregistrés en 2014. Il faut dire qu’en 2013, on avait touché le fond avec seulement 37 854 mariages, un minimum historique ! On était alors en effet bien loin des 74 352 mariages comptabilisés en 1972, année où l’on avait atteint un sommet.

Une embellie à relativiser, selon le sociologue

Dire que le mariage est aujourd’hui tendance ne semble donc pas franchement exact. Est-il pour autant désuet ?

Pour Jacques Marquet, de l’Unité d’anthropologie et de sociologie du Département des Sciences politiques et sociales de l’UCL, “ il est ni vraiment tendance, ni totalement désuet. Certes en 2014, on avait assisté à une augmentation des mariages de l’ordre de 2000 unités par rapport aux chiffres de l’année précédente, mais sur le long terme, la tendance reste au tassement.

Une autre donnée permet de relativiser cette “embellie”. En 2014, 79 758 personnes se sont mariées, mais dans le même temps, une proportion quasi équivalente (78 271) optait pour une autre forme de cohabitation, la cohabitation légale. Sans parler des cohabitations de fait pour lesquelles on ne dispose d’aucun chiffre… Malgré la réserve due au fait que toutes les personnes faisant une déclaration de cohabitation légale ne forment pas un couple, ces chiffres donnent une mesure de l’attrait tout relatif du mariage .”

La pérennité du couple n’est plus une valeur en soi

Si l’écart d’âge au mariage entre conjoints reste étonnamment stable, en l’occurrence 3 ans pour l’ensemble des mariages et 2,4 ans pour le premier mariage, la signification du mariage a-t-elle évolué ? “ Tout dépend évidemment de la période de référence” , répond le sociologue. “ Mais par rapport aux années 1960’ ou même 1970’, la donne a effectivement changé. Nombre de jeunes se remarient aujourd’hui avec l’espoir d’aller le plus loin possible, c’est-à-dire tant que la relation sera vécue comme positive par les deux, mais sans imaginer prolonger la relation coûte que coûte si elle devait s’avérer peu satisfaisante. La pérennité du couple n’est plus une valeur en soi; la qualité relationnelle doit être au rendez-vous.

Quant à savoir ce que le couple recherche plus précisément aujourd’hui dans cette “institution”, “ Les raisons ou plutôt les attentes à l’égard du couple ont partiellement changé” , toujours selon Jacques Marquet. “Les attentes en termes d’épanouissement affectif et relationnel sont aujourd’hui primordiales. Les partenaires attendent de l’autre qu’ils/elles puissent les accompagner dans le cheminement de leurs questionnements existentiels, dans la réalisation d’eux/elles-mêmes.

La période actuelle est très intéressante, nous fait remarquer Alexandre, employé dans les affaires publiques européennes, “ si elle pourrait laisser croire que le mariage est désuet parce que de moins en moins de couples se marient, c’est exactement l’inverse qui se produit. Le mariage n’est plus (ou presque plus) une étape obligatoire et les couples actuels font le choix de se marier de manière plus rationnelle qu’auparavant. Il y a certes moins de mariages, mais cela renforce la valeur de ceux qui choisissent librement de franchir cette étape. Loin d’être une tendance ou d’être en désuétude, il s’agit de plus en plus d’un acte réfléchi dans le chef de ceux qui décident de se marier ou justement de ne pas le faire. Ce n’est plus une obligation sociale, mais un choix de vie facultatif, et pas conséquent plus réfléchi.”

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