Sylviane Cannio appliquait les méthodes du coaching avant même de savoir que cela existait ! Après avoir fait des études d'économie et de sciences politiques suivies d'un MBA, la jeune Belge travaille pour de grandes entreprises à l'international. Se lance dans entrepreneuriat et devient aussi professeur d'université : "J'accompagnais mes étudiants en les encourageant, en leur montrant qu'ils savaient faire, qu'ils avaient le talent dont ils avaient besoin !", se souvient-elle, "Et pour avancer dans cette voie, le partage des savoirs, c'est ce qu'il y a de mieux". A la fin des années 90, par le biais d'une interview, elle entend parler du coaching. Déclic : Sylviane retourne à "l'école" aux Etats-Unis, puis à Paris et au Canada pour étudier le coaching. Et se fait accréditer par l'ICF, l'International Coaching Federation, qui ouvre une antenne en Belgique en 2002. "A l'époque, nous étions une vingtaine". Par la suite, elle fera aussi partie du board mondial de cette fédération qui garantit que ses accrédités ont reçu une éducation de coach, applique un code éthique commun et mènent une pratique encadrée : "les coachs ICF sont supervisés tout au long de leur carrière"

En ces mois de Covid, les remises en question ont été nombreuses et l'intérêt de s'adresser à un coach pour y voir plus clair a monté en flèche. Coaching d'entreprise, professionnel ou coaching de particuliers, Sylviane Cannio ne voit pas une grande différence : "C'est aussi coacher l'humain", explique-t-elle. "Réussir à débloquer un problème de prise de parole en public, cela aide le professionnel mais aussi la personne dans sa vie de tous les jours qui retrouve beaucoup plus de confiance en soi".

Confiance en soi, self-estime, traumatisme : un vocabulaire qu'emploient aussi les psychologues, quelle est la différence ?

Je dirais que je ne soigne pas le passé. Je peux y aller pour chercher des informations, des souvenirs et des sentiments qui ont laissé des traces mais je ne guéris pas une souffrance du passé. Un exemple pour mieux comprendre : cela m'arrive régulièrement de rencontrer des personnes extrêmement timides et terriblement bloquées quand il s'agit de prendre la parole. Je cherche déjà à comprendre d'où cela vient. L'un d'eux se rappelle encore avec effroi d'une première élocution à 13 ans en néerlandais où toute la classe avait ri, il s'était senti lésé, humilié. Des émotions très fortes passent qui lui disent qu'il est nul, que personne ne l'écoute et sur lesquelles il a développé une aversion pour la parole en public. Moi je suis là pour recadrer, je décortique ce fameux moment-clé, je compare avec ce qu'il se passe aujourd'hui. L'objectif, c'est de couper l'impact du passé en utilisant l'information de la "cause" et en ouvrant d'autres portes.

Cela semble simple n'est-ce pas ? Pourtant, tout le monde est loin de pouvoir faire sortir quelque chose de concret d'une discussion. C'est tout l'art de la maïeutique : poser les bonnes questions, mettre en forme des pensées confuses, par le dialogue. On a des tas d'outils pour cela et on travaille aussi beaucoup avec le ressenti du corps. Chacun a des ressources mais la vie a recouvert les savoirs de croyances limitantes qui fait qu'on reproduit toujours le même schéma pour se prouver qu'on a raison, qu'on est "nul". Alors qu'en fait, non, on a bien plus de ressources ! En tant que coach, je dirai aussi que je suis neutralisatrice, je pose beaucoup de rationalité et une confidente active grâce à mes grilles d'analyse.

A noter qu'il y a nombre de psychologues qui décident aussi de se former en coaching parce que c'est complémentaire à leur profession.

Comment peut-on sentir qu'on a besoin d'un coach ?

Quand on rate quelque chose encore et encore, quand on procrastine, quand on tourne autour du pot, qu'on n'arrive pas à définir ce qui ne va pas même si on en a toujours une petite idée, alors c'est qu'on n'est pas alignés avec nos valeurs, qu'on est en manque de sens. Regardez, quand on est convaincu, on déplace des montagnes. Et ça, c'est mon travail, celui de tous les coachs : que les êtres que je rencontre s'alignent sur leurs propres valeurs, voient une finalité, retrouvent un sens. On peut se reconnecter à sa vraie vitalité, sa vraie personnalité si on se pose les bonnes questions. Après les décisions et les changements viendront presque naturellement. C'est pour structurer ce questionnement qu'un coach est très utile : un coach ne donne pas directement de conseils, sinon on est dans le mentorat, il pousse les gens à se poser des questions

Alors bien sûr, on a tous des problèmes, plus ou moins importants. Mais c'est la façon dont on les perçoit qui entame ou gonfle notre énergie.

Comment choisir un coach ?

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On doit bien regarder le profil, ce qu'il fait passer sur son site internet par exemple. En parler autour de soi pour avoir du vécu, même si un professionnel pourra convenir à quelqu'un et pas à un autre ! Pour ma part, quand je reçois une demande, j'organise un rendez-vous téléphonique pour un premier contact, je donne un cadre aussi pour voir si il y a rencontre, si je peux l'aider et je parle ensuite de mes tarifs, c'est important qu'il n'y ait pas d’ambiguïté à ce sujet. L'expérience a un prix, il faut le savoir. Les senior coachs ont une grande expérience et ont la capacité de poser très vite un diagnostic. En deux à trois séances, la personne va passer du noir au blanc. Aider quelqu'un, c'est être efficace en matière de coaching. Certaines problématiques comme des deuils particulièrement lourds pourront être réorientés vers d'autre relations d'aide.

Pourriez-vous nous conseiller des attitudes pour aller mieux ?

- Ce que l'on vit est une question de perception : on peut se plaindre, être agressif, pomper son énergie parce que l'on souffre d'une situation. Mais on peut aussi recadrer son mal-être, être dans l'apprentissage, la flexibilité, la gratitude et là on nourrit le bon loup en nous.

- On peut aussi réfléchir à changer de paradigme : et ça on le fait en se convainquant que la situation n'est pas négative mais plutôt une occasion de se transformer. La période Covid, c'est le moment de se poser la question de savoir si c'est la vie que je veux, comme une invitation à changer. Les transitions de vie peuvent être largement accompagnées par du coaching. Bien sûr, perdre son job par exemple est très dur. Mais c'est déjà différent pour rebondir si cela a été fait de façon respectueuse ou s'il y a une injustice. 

- Et enfin il faut garder la foi, la foi en soi : dites-vous tous les jours que "rien ne me résiste" et qu'il s'agit juste de couper en petits morceaux le fardeau, le problème, la mission. Ne prenez pas trop dans une journée, quand on arrive au bout de son programme, cela renforce la confiance en soi, l'estime mais aussi sa capacité.