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Les religions sont-elles intouchables?

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Difficile mais important débat ce dimanche matin sur La Une. Dans un contexte international tendu après la diffusion du film « L'innocence des Musulmans » et la publication de nouvelles caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo qui ont enflammé le monde arabe, Olivier Maroy proposait en effet à ses invités (voir ci-dessous) de réagir au thème « les religions sont-elles intouchables? ».

Première question: le choix de Charlie Hebdo de publier dans un tel climat ces nouvelles caricatures était-il judicieux? D'entrée de jeu Zineb el Rhazoui, journaliste pour le journal, défend le choix de son hebdomadaire en rappelant l'objectif de celui-ci: réagir de manière satyrique et donc irrévérencieuse à l'actualité.

Oui donc, Charlie Hebdo est fidèle à son rôle, mais les journalistes, à l'instar des diplomates par exemple, n'ont-ils une responsabilité sociétale et l'obligation d'observer les conséquences de leurs choix éditoriaux? Autour de la table, la question semble plus difficile à trancher, et les réponses divergent fameusement. Pierre Kroll reconnait son inquiétude de voir que dans certains journaux (dont le sien), plusieurs personnes affirment qu'il y a des moments plus opportuns que d'autres pour parler ou non de telle ou telle info. Pour Pierre Galand, les caricaturistes sont à la fois indispensables à la société, mais ils doivent aussi pouvoir faire leur travail en dehors de toutes ces questions. C'est sans doute alors à l'éditeur du journal de voir quelles sont ses responsabilités, et de voir de quelles manières il est possible d'exprimer les choix éditoriaux.

Pour les représentants des cultes par contre, sans vouloir remettre en question la liberté d'expression, il est important de réaliser les conséquences des choix posés; point de vue qui n'a pas manqué de hérisser la journaliste de Charlie Hebdo, ne voyant pas en quoi on devrait imputer aux journalistes les dérapages extrémistes.

Au-delà de ce cas bien particulier et du rôle de la presse, c'est bien toute la question de la liberté d'expression, du blasphème et de l'injure qui était remise sur le chantier.

La liberté est fondamentale mais n'est pas sans limite prévient Édouard Delruelle. Chez nous, cette limite est déterminée par la notion de l'incitation à la haine. Quand on s'exprime non pas pour faire valoir une opinion, mais pour monter une population contre une autre, c'est bel et bien à de l'incitation à la haine que l'on fait face explique le directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme. Dans le cas du film incriminé par le monde musulman, l'œuvre en soi n'est pas une incitation à la haine, alors que son intention l'est bien.

De son côté, pour le président de l'Exécutif des Musulmans, le blasphème doit être considéré comme un délit. Propos qui à leur tour font réagir passionnément le plateau. De quel droit, se demande Pierre Galand, telle ou telle religion pourrait-elle nous imposer ses propres règles? Et puis si chaque religion devait imposer ses volontés, comment s'en sortirait-on se demande Philippe Geluck? Si l'on veut lutter contre le racisme précise Édouard Delruelle, ce n'est pas une pareille loi qui sera efficace. Il n'y a d'ailleurs aucune raison de vouloir modifier la loi belge ajoute-t-il.

Alors que les invités débattent autour de l'étonnante et vive réaction du monde musulman face à des productions culturelles, Zineb el Rhazoui tient à préciser que le manque de dialogue ne trouve pas son origine dans une religion en particulier, mais peut-être dans la volonté ou le manque de volonté que l'on a de vouloir le « vivre ensemble ».

En définitive, à la question « les religions sont elles intouchables » on n'aura pas trouvé de réponse, mais bien quelques pistes esquissées et rappels intéressants.

Pour la finesse, nous citerons Philippe Geluck qui aura eu le dernier mot en proposant ce deal: les fanatiques devraient accepter la liberté d'expression des athées sur terre, alors que ces derniers devraient accepter les préceptes des religieux dans l'au-delà et pour l'éternité. Jolie formule et beau thème pour un de ses prochains dessins.

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