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« Autant je détestais l'orphelinat, autant je détestais encore plus ces voyages en train. » Lee Nailling a à peine huit ans lorsqu'il monte avec ses deux frères dans l'un des Orphan Train, un convoi composé de dizaines d'enfants dont les parents ne pouvaient plus s'occuper et qui était chargé de mener tout ce petit monde vers « de merveilleuses nouvelles vies ». « Avant que l'on parte, mon père m'a demandé de veiller sur mes frères : Lio, 6 ans, et Gérald, 3 ans. Il a tout fait pour nous garder mais, étant au chômage, il a dû se séparer de nous après la mort de maman. Il m'a dit au revoir et m'a glissé une enveloppe rose timbrée sur laquelle il avait griffonné son adresse. Il s'est contenté de dire 'Ecris-moi quand tu seras installé' avant de se mettre à pleurer. »

Les trains des orphelins ont circulé de la fin du XIXème au début du XXème siècle à travers les Etats-Unis à l'initiative de la Children's Aid Society. Cette association protestante s'était fixée comme objectif de trouver un nouveau foyer aux enfants qui traînaient dans les rues ou les orphelinats des métropoles de l'Est.

Mais, malgré un contrat qui imposait à la famille adoptive d'écrire à l'association une fois par an – et qui en outre n'était pas toujours signé -, le suivi n'était pas vraiment assuré. L'association ne savait pas réellement dans quelles conditions vivait l'enfant dans sa nouvelle famille. « Les enfants étaient placés à la va-vite sans enquête préalable, quelques-uns d'entre eux ont été abusés sexuellement », peut-on lire dans une étude. En outre, des enfants placés très jeunes qui souhaitaient retrouver leurs vrais parents en étaient parfois incapables puisque l'association n'avait pas gardé suffisamment de traces de l'adoption.

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