Lise est écoutante bénévole depuis plus d’un an pour la ligne de crise 0 800 32 123 du Centre de prévention du suicide.


Ce 10 septembre marque la journée mondiale du suicide. Un mal méconnu : en Belgique, 6 personnes se suicident chaque jour... Le usicide tue plus que les accidents de la route et pourtant, il n'y a pas de politique coordonnée au niveau national. Heureusement, les associations qiu oeuvrent dans la prévention, côté francophone comme néerlandophone font un travail remarquable et parviennent à se mettre ensemble pour sensibiliser le public. La campagne qui vient d'être lancée entend montrer qu'on peut tous agir pour prévenir le suicide... A ce propos, nous avons rencontré Lise, écoutante bénévole.

D’une voix profonde, posée, douce, Lise prend la parole pour expliquer ce que c’est qu’écouter. "Les gens qui nous appellent sont en crise. Ils ont besoin avant tout d’être entendus et reconnus dans leur extrême détresse."

Parce qu’elle leur apporte des solutions ? Non, le but de cette écoute active est avant tout d’apporter un soulagement psychologique et émotionnel immédiat. "Que quelqu’un d’autre puisse comprendre la souffrance davantage encore que ce qui a mené à cette situation, fait qu’elle devient humainement acceptable… C’est comme si la personne pouvait partager un lourd secret."

Les bénévoles du centre de prévention du suicide n’ont pas juste leur empathie avec eux pour faire leurs gardes qui peuvent monter à seize heures par semaine, la ligne 0 800 étant ouverte 24 h/24 toute l’année. Ils suivent une formation avec des psychologues pendant dix semaines qui leur apprennent à écouter de manière active. "Ce qui veut dire que l’on doit aussi bien se connaître, reconnaître ses propres émotions pour que l’écoute puisse être un lien, c’est un subtil dosage entre le silence pour laisser venir la parole et des petites questions de relance pour montrer qu’ils ont été entendus, compris, acceptés. En cinq ou vingt minutes, on doit pouvoir atteindre un seuil de confiance pour que l’appelant puisse s’ouvrir, sortir de la crise." Tout cela de manière anonyme.

Les bénévoles ne sont pas dans la thérapie. Mais ils sont coachés régulièrement par les psychologues qui vont les aider à toujours mieux répondre. "Au début, je posais trop de questions, je n’accueillais pas assez la parole", se souvient Lise, qui a des réunions de supervision tous les mois. "C’est très utile pour parler d’un cas qui nous a touchés plus qu’un autre parfois. Et on n’a jamais fini d’apprendre."

Comment mettre fin à des appels aussi dramatiques ? "Lorsque l’on sent qu’il y a un apaisement : c’est un mot, un changement de rythme dans la respiration, un merci profond."

Parfois malheureusement, l’appelant est en danger de mort : "C’est le plus difficile. Nous devons tenter de lever l’anonymat pour envoyer les secours. Mais parfois, il n’y a pas moyen."

Et qu’est-ce que tout cela peut apporter au bénévole ? "C’est terriblement riche. Je suis à la retraite depuis peu et j’avais envie de faire quelque chose avec du sens. Là, on se sent utile et c’est une expérience à chaque fois renouvelée de la puissance de la parole et de l’écoute. Personnellement, on apprend à être dans l’authenticité. Cela a changé mon rapport à moi, aux autres", estime Lise.

Le centre compte 60 bénévoles. Il est constamment en recherche d’oreilles à l’écoute… Nombre d’appels décrochés en 2018 : 12 929.