Photos de noces partagées sur les réseaux sociaux, demandes en mariage en vidéo, « officiants » laïques… le mariage suit l’évolution de la société et réinvente ses codes, entre tradition et modernité. Rencontre de Stéphane Seban, fondateur de la revue (française) Marions-Nous

Et si le mariage revenait à la mode ? C’est inattendu, ce n’est qu’un frémissement, mais depuis quelques années le nombre d’unions reste très stable (autour de 250.000 mariages en France). Le mariage, en baisse constante depuis les années 70 (en fait, depuis qu’il n’est plus obligatoire de passer devant monsieur le maire pour avoir un enfant), semble reprendre du poil de la bête ! En France comme en Belgique. Avec une irrésistible envie de faire la fête.

Le mariage séduit-il toujours les jeunes couples ?

Stéphane Seban : De plus en plus. Notamment parce qu’aujourd’hui ce n’est plus une obligation pour commencer dans la vie ensemble. On se marie plus tard. La majorité des « jeunes mariés » a 35 ans. De nos jours les amoureux préfèrent se stabiliser financièrement avant d’investir dans une union consacrée. Ils ont déjà un enfant, ensemble ou séparément, un boulot, une habitation. Pourquoi se marier, me direz-vous ? Parce que c’est vraiment un choix. Ce n’est plus quelque chose qui est imposé par la société. C’est ça la grande nouveauté.

Un engagement solennel ?

Le mariage constitue un cadre légal un peu rigide qu’on hésite à enfreindre. On regarde peut-être autant « à côté » que lorsqu’on est concubin, mais on réfléchit à deux fois avant de tout casser. Souvent même, cette période de doute permet de faire le point et de rester - plus fort qu’avant - avec celui ou celle avec qui on a pris un engagement solennel. Au fond, le mariage c’est tout sauf plan-plan.

Comment se marie-t-on aujourd’hui ?

Comme hier mais en moins protocolaire. De la traditionnelle pièce montée au wedding cake, du tailleur bleu marine à la robe blanche, de la cérémonie intime à la journée à thème grandiose, les comportements évoluent, l’institution demeure. En général, à 35 ans, ce ne sont plus les parents qui financent la noce, mais les mariés eux-mêmes. Et comme c’est eux qui paient, c’est eux qui choisissent une fête qui leur ressemble.

Les nouvelles tendances ?

L’utilisation de la technologie dans l’organisation du mariage : les mariés scannés en 3D qui surplombent la pièce montée, les photos du mariage partagées en live sur les réseaux sociaux, des petits cadeaux personnalisés à l’effigie du ou de la mariée… Toute une nouvelle série de choses pour garder des souvenirs du mariage en dehors du traditionnel album photos. Idem pour le montage vidéo, on est plus souvent dans de la production visuelle quasi professionnelle que dans le petit film amateur.

La cérémonie ?

Souvent on est un peu déçu de la cérémonie à la mairie, trop rapide, trop « à la chaîne ». D’où la vogue des unions célébrées en dehors des lieux conventionnels comme cela se fait beaucoup outre-Atlantique. On garde le bon de la tradition, le besoin de « sacré », et on réinvente certains codes, comme cette idée de « cérémonie d’engagement » sur mesure. On ne se dit plus « oui » à l’église mais en pleine nature avec un « officiant », qu’il soit religieux ou pas. L’idée : pousser les murs de l’église pour se marier dans les endroits les plus insolites (…) En fait on constate que la tradition - même si celle-ci est réinterprétée en fonction de l’âge des mariés et des envies du moment - est beaucoup plus présente qu’on veut bien le montrer.

Se marie-t-on encore pour la vie ?

En dépit des apparences, oui. Le désir de durer est profondément ancré. L’exigence de fidélité reste une valeur essentielle, y compris chez les jeunes, car il existe un contrat moral avec le partenaire, fondateur du couple. Personne ne dit : je vais entrer en couple en CDD. Même s’il existe des expériences très brèves, notamment chez les jeunes. On sait qu’on ne sera peut-être pas couple à tout jamais, et que si on n’est pas bien ensemble un jour, on préférera rompre. Mais le rêve reste que ce soit le plus loin possible.