Aborder le thème des abus sexuels avec ses enfants, même petits, c’est les outiller et nous pouvons le faire à leur rythme.

Est-on capable, en tant que parents d’aborder la sexualité avec ses enfants ? Et pourtant, parler d’une sexualité heureuse, dans le respect et le consentement, d’une sexualité qui parle d’amour, c’est le premier pas nécessaire pour leur parler ensuite des abus sexuels. "C’est mon plaidoyer depuis des années : donner une éducation sexuelle saine et limpide aux enfants, à l’école comme au sein de la famille, c’est déjà donner conscience aux enfants de ce qui est naturel et de ce qui ne l’est pas", explique Jocelyne Robert, sexologue et écrivaine canadienne francophone, véritable célébrité au Québec.

Dans son livre Te laisse pas faire, elle livre un discours limpide pour aider les parents à aborder avec son enfant la face sombre de la sexualité, les agressions sexuelles, les attouchements non consentis, les abus même (et surtout) dans la cellule intrafamiliale : "90 % des agressions sont le fait d’hommes adultes hétérosexuels, proches de l’enfant : père, beau-père, oncle, grand-père, voisin, gardien, grand frère…" rappelle malheureusement la spécialiste.

"L'inceste doit être soulevé"

Jocelyne Robert parle clair et veut aussi affronter ce qui peut induire un sacré malaise "l’inceste doit être soulevé, il faut être conscient que le monstre n’est souvent pas un inconnu extérieur."

Jocelyne Robert veut tranquilliser dans le même temps : "Tous les hommes sont loin d’être des prédateurs et l’inquiétude excessive plonge l’enfant dans une angoisse qui peut l’empêcher de communiquer. Plus vous montrerez d’aplomb, de calme et d’assurance, plus vous en insufflerez à votre enfant."

À quel âge on commence à en parler ? Le livre s’adresse aux parents d’enfants de 4 à 12 ans, "les exercices se prêtent à la circonstance : quand on écoute ce que raconte son enfant revenu de l’école, quand on voit une image ensemble à la télé, on peut embrayer." Une éducation qui pourra durer des années, au fil du développement de l’enfant. Inutile de lui imposer toutes les explications et les mises en garde d’un coup, cela créerait un climat absolument anxiogène pour lui comme pour vous. Car parler, communiquer, et ce, dans les deux sens, c’est là tout le secret : "Montrer qu’on est à l’écoute, qu’il peut venir en confiance nous parler s’il ressent un malaise, quel qu’il soit. Si vous avez pu lui expliquer tout jeune déjà qu’il est le patron de son propre corps, il l’aura intégré et il pourra d’autant mieux sentir ce qui est malsain. Vous serez là pour mieux cerner et apporter votre aide, une solution."

Toutes les parties en bleu du livre sont des exercices pratiques ludiques à lire avec l’enfant, des portes faciles pour aborder le sujet. Pas gnangnans, ces conseils sonnent juste, visent à informer sans angoisser, à donner des solutions éprouvées et un cadre clair. Un exemple ? Si vous dites à votre enfant qu’il ne peut pas accepter de confiserie d’un inconnu parce que cela abîme les dents, il acceptera peut-être… un jouet. Faites-lui confiance autant que vous lui en inspirez.