On l’a vu à la télévision dépouiller son courrier apocalyptique, et ne s’esclaffer plus souvent qu’à son tour, quand il ne s’inquiétait pas des dérives potentielles drainées par les angoissés de la fin des temps... On le voit aujourd’hui assailli par les 244 journalistes accrédités qui campent dans les rues surprotégées de Bugarach, dans l’Aude, en attendant que tombe la nuit du 21 décembre.

La vie n’est pas simple pour Jean-Pierre Delord, maire de la commune où - selon les crédules entre les crédules - d’accueillants "ovnis" emporteront les survivants après le ravage planétaire annoncé par le calendrier maya. Nul doute que le souriant édile était à cent lieues d’imaginer que le village dont il a pris les rênes en 1977 se trouverait un jour pris sous les feux de l’actualité internationale pour des raisons aussi abracadabrantes.

Il s’y était installé cinq ans plus tôt, quittant un job de dessinateur industriel à Bondy pour élever des chèvres et "goûter à la liberté" . Le voici aujourd’hui pourchassé par la presse et obligé par la Préfecture de transformer sa commune en camp retranché. On fait mieux en matière de calme champêtre, surtout quand l’on sait que l’homme a finalement renoncé aux chèvres trop accaparantes pour leur préférer les vaches plus placides et autonomes. Mais il garde le moral. Après tout, aucune campagne de communication n’aurait pu lui apporter la renommée qui lui est aujourd’hui servie sur une soucoupe volante. Et quand on lui demande ce qui va se passer en ce jour fatidique, il répond: "rien, à moins qu’un habitant à bout de nerfs ne tire sur un journaliste".