Magazine On sait que Dès leur plus jeune âge, la plupart des garçons sont attirés par tout ce qui roule : voitures, camions, engins de chantier… Mais saviez-vous que La testostérone n’explique pas tout, mais quand même!

On aurait pu poser la question de manière plus générale : pourquoi les garçons aiment les voitures, tout simplement ? Rien qu’à la lecture de ce postulat de départ, on imagine déjà certaines réactions… contraires. Bien sûr, il ne faut pas généraliser.

Si le sujet d’un tel article nous avait été habilement et courtoisement suggéré par notre "hiérarchie", c’est une réflexion livrée par une amie qui aura servi définitivement d’étincelle. "Je suis surprise que mon fils de deux ans et demi ne s’intéresse qu’aux petites voitures, aux camions, aux taxis et surtout aux 4x4, aux pelleteuses et aux grues. Il a bien aussi sa poupée, ses animaux et sa ferme et même une mini-cuisine, mais il y joue beaucoup moins. Pourtant je suis du genre a lui proposer des jeux multiples. Dans la rue, il ne s’intéresse qu’aux voitures, bus, tram, combis de police… et depuis peu, il me montre du doigt toutes les voitures et veut connaître les marques de chacune". Et je vous assure qu’il ne s’agit pas de mon fiston… qui baigne évidemment dans le sujet depuis sa naissance !

Alors pourquoi cette attirance pour les voitures en général, et les plus puissantes ou les plus rutilantes en particulier ?

La science et le marché de l’auto

Des études scientifiques ont été faites sur des bébés de 6 mois qui montraient que les garçons préféraient les tracteurs aux poupées, et inversement pour les filles. En grandissant, ces tendances, souvent, s’affirment, malgré une éducation qui ne va pas forcément dans le même sens. Comme si la nature exerçait seule ses droits.

Petit, on aime simplement les autos; plus tard, on aime les conduire vite. Et si tout cela, au fond, n’était qu’une question de testostérone ? D’expression de la virilité au volant, de volonté de puissance, de transgression de l’interdit.

Yoann Demoli, sociologue français prétend que, déjà, les "critères de sélection du véhicule sont fortement sexués. Alors que l’homme va rechercher l’exploit, la femme va privilégier le confort, le caractère utilitaire et l’esthétique."

Questionné par le journal "Le Monde", le psychanalyste Jean-Pierre Winter va encore plus loin. "La voiture est un nouveau moyen de faire la guerre. La route devient alors un champ de bataille, un lieu de tous contre tous et du chacun pour soi. Dans ce schéma, la femme reste la garante de la vie et de la transmission. Par ailleurs, l’habitacle du véhicule, qui permet d’être protégé et transporté à l’écart des autres, peut être assimilé, par certains hommes, au ventre maternel, apportant réconfort et sécurité. La relation entre l’homme et la voiture est donc complexe. L’auto peut devenir un objet fétiche. Certains lui donnent un petit nom, lui parlent et la nettoient tous les jours."

Sans même s’en apercevoir, parfois, certains hommes restent conditionnés par l’éducation et l’idée de virilité et de puissance. Cela dit, il n’y a pas de miracle non plus, la proportion d’hommes impliqués dans des accidents graves est de 75 %, pour 25 % seulement pour les femmes. On nuancera ce bilan par le fait qu’il est démontré que les hommes roulent aussi davantage que les femmes (dont les trajets sont plus souvent urbains), et sur de plus longues distances.

Les filles et les autos des garçons

Des chercheurs de l’Université de Cardiff ont conduit récemment une étude sur le sujet qui donne des conclusions étonnantes vu l’époque dans laquelle on vit, presque réactionnaires tant elles sont classiques. "Les femmes entre 21 et 40 ans sont plus attirées par les hommes circulant dans une auto pouvant être qualifiée de ‘sexy’que dans une voiture quelconque. Que l’on leur soumette une photo du même homme dans une Bentley ou dans une Lada et les réactions sont en effet très différentes. En revanche, les hommes ont tendance à prêter bien moins d’attention au véhicule et plébiscitent les femmes les plus ‘sexy’quel que soit le véhicule dans lequel elles se déplacent."Le professeur Michael Dunn, qui a conduit cette étude, avance une raison biologique à cet état de fait : "les femmes associent inconsciemment la voiture au statut social de son propriétaire et en déduisent que, plus la voiture est haut de gamme, mieux le conducteur est capable de se débrouiller dans ce monde et pourra donc s’occuper convenablement des enfants éventuellement à naître. Les hommes, de leur côté, s’arrêtent simplement sur les caractéristiques physiques d’une mère potentielle… "

Dis-moi ce que tu conduis, je te dirais qui tu es

Selon une autre étude canadienne, il semblerait aussi que les voitures en disent également long sur notre personnalité. "Notre voiture nous représente fondamentalement", assure Jean-Jacques Stréliski, professeur, à Montréal, spécialiste en stratégie de l’image. "Ce phénomène est connu et documenté depuis plusieurs années, tant sur le plan de la communication que de la psychologie."

Dans le secteur automobile, le choix d’une marque (ou même d’un modèle !) serait rarement le fruit du hasard : "Les voitures sont comme les êtres humains : elles ont toutes des personnalités", explique Luc Dupont, professeur à l’Université d’Ottawa. "Certaines sont flamboyantes, d’autres sont plus effacées, mais au final, elles dévoilent toujours de nombreuses informations sur celui qui la conduit". Benoît Duguay, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, souligne que la voiture a toujours constitué le référent d’un certain statut social : "Les automobiles sont à la fois utilitaires et symboliques, Les premiers véhicules étaient déjà des emblèmes de richesse et de puissance. Avec le temps, de nouvelles connotations plus nuancées et complexes se sont greffées - la liberté, le raffinement, le sens des responsabilités, la sensualité…"

Le défi des constructeurs aujourd’hui est difficile, autant que subtile. Il leur faut séduire, avec la dimension symbolique, tout en rassurant, avec la dimension utilitaire. Ce jeu d’équilibre est extrêmement difficile à réaliser. "Les publicités les plus efficaces sont un fusil à double canon", conclut un expert en stratégie marketing. "Un exemple ? Mercedes mise sur la valeur de revente pour justifier le symbole de réussite sociale. Elle offre ainsi un argument rationnel pour asseoir un argument émotionnel. Elle déculpabilise notre inconscient tout en nous permettant de refléter efficacement notre personnalité."

Nous étions partis sur l’idée des hommes qui aiment rouler vite pour se prouver des choses, on termine sur ceux qui "roulent gros" pour prouver leur puissance, financière et autre.