Si se déguiser reste un plaisir pour les adultes, c’est aussi, et surtout, une activité essentielle pour les enfants.

Carnaval, Halloween, fête d’anniversaires… L’année est rythmée par autant d’occasions de se déguiser pour célébrer des moments de partage et s’inscrire dans un environnement social et culturel. Petits et grands s’y mettent ensemble à ces occasions, mais pour la psychothérapeute Nathalie Keurla, se déguiser devrait faire partie des activités régulières des enfants. "La malle à déguisement fait partie de tous les jeux symboliques à mettre à la disposition quotidiennement des enfants." Le déguisement spontané a un rôle de construction de soi et de stimulation de la créativité et de l’imaginaire.

Je me déguise donc je suis

Rien de plus normal donc si votre enfant parade dans toute la maison accoutré des lunettes de mamy et du chapeau de papa. Il construit son identité en enfilant différents déguisements qui lui permettent de "faire comme si". Comme s’il était une fée, un pompier, un super-héros… "Se déguiser c’est oser se transformer, se dépasser, c’est inventer des histoires mais surtout s’exposer aux regards des autres", explique Nathalie Kreula.

Un moyen d’affirmation de soi sécurisant pour les enfants qui peuvent s’exprimer en étant "protégés" par leur masque, leur cape ou leur parure. Le déguisement permet à l’enfant de masquer sa fragilité. Il lui donne l’illusion de ne plus dépendre d’un adulte mais au contraire d’être grand, fort, autonome voire encore mieux : doté de pouvoirs exceptionnels. Se déguiser peut aussi permettre à l’enfant d’exorciser ses peurs. Prendre les traits d’un personnage qui l’effraye l’aidera à l’apprivoiser. Attention toutefois à ne pas le pousser dans des déguisements qu’il ne souhaite pas endosser. "Le choix du déguisement est symbolique, il révèle les qualités que l’enfant aimerait s’attribuer à un moment précis de son existence", révèle la psychothérapeute spécialisée dans une pratique qui mobilise le jeu et la créativité. Mais quelque soit le choix du déguisement, l’enfant se servira de ce support de transformation pour extérioriser ses émotions, ses désirs, ses fantasmes.

Bousculer la réalité

En jonglant entre différentes identités et en endossant chaque fois les attributs qui lui correspondent, l’enfant joue avec un média d’expression idéal qui l’aide à réguler sa réalité. Il lui offre d’ailleurs la possibilité d’apprivoiser la temporalité. Se déguiser lui donne le pouvoir de se projeter dans l’avenir et donc d’accélérer le temps !

Nathalie Kreula souligne aussi l’importance de l’implication du corps dans les jeux de déguisements. "Le fait de s’habiller, enfiler, se parer et ensuite jouer de tout son corps le rôle est primordial. Ce sont par les mouvements du corps que peuvent se libérer les émotions, la voix, la danse etc. et tout ce qui passe par la sphère psychosensorielle libère et procure du bien-être", détaille-t-elle. L’enfant commence d’ailleurs à prendre plaisir à se déguiser vers l’âge de 3 ans, lorsqu’il a intégré son schéma corporel et qu’il peut en jouer.