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"Si tu es fière de tes enfants, poste 3 photos et nomine 10 de tes amies pour faire pareil !" Une chaîne comme il en existe de nombreuses autres circule actuellement en France. Elle invite les mères de famille à dire "pourquoi elles sont fières d'être maman" et à poster trois photos de leur enfant. Au-delà du caractère réducteur de la mère au foyer s'occupant de ses enfants (car le défi n'invite pas les pères à y participer), de nombreuses questions se posent sur ce geste simple et anodin qu'est celui de partager une photo de son enfant sur Facebook. Intrusion dans la vie privée, cession des droits à l'image au réseau social, atteinte à la réputation de l'enfant et utilisation malsaine possible par un tiers de l'image de l'enfant figurent parmi les risques les plus fréquents. La Gendarmerie nationale française a d'ailleurs mis en garde les parents suite à la propagation de la chaîne.

Du côté belge, le message est le même et la Police Fédérale a d'ailleurs profité du phénomène français pour rappeler les dangers que comportent la publication d'une photo de son enfant.

Car un simple post Facebook avec une photo de son enfant peut comporter de nombreux dangers. Encore beaucoup de gens l'ignorent mais en s'inscrivant sur Facebook, l'utilisateur signe, de fait, les conditions générales de Facebook dans lesquelles il est écrit : "vous nous accordez une licence non exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook". 

Olivier Bogaert, expert en CyberCriminalité et commissaire de la Computer Crime Unit de la Police Fédérale revenait sur les dangers de ces conditions générales dans La Libre : "quand vous signez les conditions d’utilisation de Facebook, vous leur accordez le droit d’utiliser vos photos et tout peut arriver. Au mieux, on peut imaginer que la photo soit vendue à une agence de communication quelque part dans le monde pour illustrer une campagne de publicité. Dans le pire des cas, la photo peut être récupérée par des pédophiles qui font du Photoshop avec le visage des enfants. Ensuite, ces visages sont associés à des photos de corps récupérés sur des sites pédopornographiques."

Ceci dit, il ne faut pas diaboliser internet rassure Maryse Rolland, porte-parole de Child Focus. L'exemple du montage pédopornographique est vraiment très rare. "Nous ne rencontrons que très rarement ce genre de cas. Il faut savoir que ce type de plainte est assez inhabituel dans la mesure où les parents ignorent simplement que de telles photos de leur enfant sont sur le web."

L'une des solutions, expliquent les experts, est de bien vérifier ses paramètres de confidentialité. En aucun cas, la photo ne doit être publique car elle pourrait être vue par n'importe qui, même une personne que vous ne connaissez pas. 

© LaLibre.be

Ensuite, il peut être utile, parmi ses amis, de créer un deuxième groupe d'amis plus restreint, de 20 à 30 personnes en qui vous avez réellement confiance de façon à éviter que les photos de vos enfants soient visibles par les personnes que vous ne considérez que comme des "connaissances".

Lorsque l'enfant découvrira la photo...

Mais ces paramètres de confidentialité, même bien contrôlés, sont loin d'être suffisants et les parents doivent agir avec discernement explique Maryse Rolland : "On ne peut, bien entendu, pas interdire aux parents de publier des photos de leurs enfants. Je dirai plutôt qu’il faut inviter les parents à réfléchir avant de poster quoi que ce soit en ligne. Personne ne s’exhibe en maillot de bain sur une place publique, c’est évident. Et pourtant certains parents oublient que Facebook est une plateforme publique. Ils publient ainsi des photos de vacances. Comme celles de leur fille posant en bikini ou adoptant une attitude coquette." 

En revanche, la porte-parole de Child Focus ne promeut pas l'interdiction totale de photos de ses enfants sur le réseau social et donne les clés pour éviter une mauvaise utilisation de celles-ci. "Il faudrait choisir de montrer des photos les plus neutres possible. S’il s’agit de montrer une photo de son enfant en train de jouer sur une plaine de jeu, je n’y vois pas d’inconvénient."

Enfin, le dernier aspect à prendre en compte est l'avenir de l'enfant. En effet, lorsqu'à 13 ans, votre enfant se connectera pour la première fois sur Facebook (âge à partir duquel Facebook autorise les jeunes à s'inscrire), il ne sera peut-être pas d'accord d'avoir une photo de lui sur une balançoire à 5 ans ou dans son bain à 1 an sur le réseau social. Pourtant, pour cette photo, il sera déjà trop tard puisque les moteurs de recherche tels que Google l'auront déjà vue et enregistrée. Olivier Bogaert explique d'ailleurs que "chaque parent a la responsabilité civile et parentale de son enfant. Il doit donc être conscient que la photo publiée aujourd’hui sera encore disponible sur Internet dans l’avenir."

« On reproche souvent aux adolescents leur comportement sur Internet, mais les parents ne sont pas mieux », assure Éric Delcroix, spécialiste du web 2.0 et de l’identité numérique au blog Madame Figaro. « Il faut penser à l’après. Les enfants traversent des âges auxquels ils n’ont pas envie d’être pris en photo et encore moins que celles-ci soient publiées », certifie l’expert.

Une étude de 2010 montrait que 81% des enfants nés aux Etats-Unis, au Canada et dans cinq grands pays d'Europe (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie et Espagne) ont déjà une présence en ligne lorsqu'ils atteignent l'âge de deux ans. Et 25% des enfants de ces pays très connectés sont déjà sur les réseaux sociaux... avant même d'être nés.