Du haut de ses trois ans, Alice Amos a défrayé la chronique la semaine dernière. Cette enfant d'origine russe présente un quotient intellectuel (QI) hors norme, de 162. Cela lui a valu de rejoindre la section britannique de MENSA. Cette association a été fondée en 1946 pour promouvoir la paix et faire bénéficier l'humanité des bienfaits de l'intelligence. Seules des personnes ayant un QI supérieur à 150 peuvent accéder à ce club très sélect. On discute pourtant beaucoup de la valeur du QI: que permet-il de savoir au juste?

Les recherches pour mesurer l'intelligence existent depuis le début de la psychologie scientifique, soit depuis la fin du XIXe siècle. En parallèle, les lois Ferry rendent la scolarité obligatoire en France. Dans ce cadre, Binet et Simon mettent au point en 1905 une échelle de l'intelligence, qui devait permettre de repérer et de réorienter les enfants en difficulté scolaire. En 1912, le psychologue allemand Stern a divisé l'âge mental par l'âge réel, pour obtenir le premier quotient intellectuel. Depuis, les tests et le traitement statistique des résultats ont évolué et se sont diversifiés.

Le contenu-même du test varie en fonction du type de test. En général, on trouve une série de questions qui font appel à la logique et aux capacités de compréhension, d'analyse et de synthèse. Certains tests par exemple éliminent la partie verbale afin que les résultats ne soient pas biaisés par la culture du répondant. Cependant, la vocation des examens de QI reste de mesurer l'intelligence générale d'un individu. Un score élevé semble lié à des meilleurs résultats scolaires et à des revenus plus élevés. On a de même constaté une forte hérédité du quotient intellectuel.

Le QI d'une même personne peut varier dans certaines situations: celui qui passe un test de QI alors qu'il est malade ou en dépression obtiendra des résultats inférieurs à ceux qu'il aurait obtenus autrement. Un bipolaire dans sa phase maniaque, au contraire, battra son propre record. L'Université de Pennsylvanie a démontré que les résultats augmentent lorsqu'on promet aux candidats une récompense financière. Le répondant à qui on promet une rémunération supérieure à 10 dollars pourrait même voir son QI progresser de 20 points! La motivation aussi semble donc déterminer le résultat obtenu au test de QI...

Une psychologue américaine a déterminé en 1926 le QI de trois cents personnages historiques, dont Napoléon. Elle s'est basée à cette fin sur la vie et les écrits laissés par ces personnages. La petite Alice battrait Napoléon de 27 points. On peut cependant s'interroger sur le bien-fondé de cette comparaison. Dans la mesure où le QI est un ratio qui prend l'âge en compte, il est possible de comparer un enfant et un adulte. Par contre, les informations que peuvent livrer une petite fille bien vivante ou les souvenirs de Napoléon varient, en quantité comme en qualité. De plus, on a observé une tendance à la hausse des QI (effet Flynn) au cours du XXe siècle. Comparer Alice et Napoléon est donc plus périlleux qu'il ne semble...