Grâce aux hashtags les luttes féministes se font de plus en plus entendre.

Porte-voix des combats quotidiens, facilitateurs de relations et amplificateurs de doléances, les réseaux sociaux sont devenus un espace indispensable pour l’épanouissement des luttes sociales. Qu’on y parle politique, faits de société, orientation sexuelle, genre, droits populaires, critique des médias, liberté d’expression, chaque combat se munit désormais d’un hashtag comme étendard d’une cause précise sous lequel chacun pourra donner son avis. Il permet aux personnes intéressées de retrouver en un rien de temps tout ce qui s’est dit à ce sujet, les avis, les expertises, les photos, les vidéos et les commentaires de ceux qui prennent la discussion à cœur. Les réseaux sociaux permettent à une lutte de se propager à la vitesse de la lumière à travers le monde. 

Ces dernières années, les hashtags mentionnant les combats pour les droits des femmes se sont multipliés. Ils exhortent à plus d’égalité entre les hommes et les femmes, appellent à montrer des corps non retouchés, encouragent les différences ou mettent en lumière des sujets tabous. Ils représentent un vecteur essentiel dans la libération de la parole des femmes et dans la lutte pour l'égalité. Petit tour d’horizon des récents hashtags qui défendent les droits des femmes.

#Monpostpartum

Le dernier en date parle de grossesse, de naissance et de la réalité d’une vie qui se transforme après avoir mis un enfant au monde. Il y a trois semaines, Illana Weizman publiait sur Instagram une photo d’elle quelques jours après son accouchement. Elle réagissait alors à une publicité rejetée par ABCNews et l’Académie des oscars dépeignant sans tabou l’épisode douloureux du post-partum. Juste avant, la mannequin Ashley Graham avait, elle aussi, publié une photo d’elle juste après son accouchement et qui pointait publiquement du doigt le silence autour de cette convalescence.

Sur son compte, Illana Weizman fût donc l’une des premières à témoigner de cette réalité post accouchement, sans filtre. “Me voici, portant une couche pour adulte, épongeant le sang qui coule pendant des jours et des semaines, le ventre encore gonflé, l’utérus encore étendu, les contractions qui le remettent doucement en place, les jambes bleuies, les points qui tirent, l’impossibilité de s’asseoir sans douleur, l’urine qui brûle, l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur”.

Sous le hashtag #Monpostpartum, des milliers de femmes n’ont pas hésité à témoigner elles aussi de ce qu’elles ont vécu pendant les premiers jours et les premières semaines après avoir accouché. Pour la plupart, la réalité n’était pas du tout comme elles l’avaient imaginée : pleine de sang, de fatigue, de sueur, de pleurs et de doutes. Via ce hashtag, elle souhaite libérer la parole sur ces moments délicats afin que les femmes aient plus facilement accès à ce genre d’informations et d’expériences. “Si on parlait davantage de ces sujets, si on ne les occultait pas de façon systématique, les mères se sentiraient moins isolées, moins démunies. Préoccupez-vous des mères. Mettez en lumière leur vécu”.

#jedisnonchef

“Tu t’habilles comme ça et après tu vas venir te plaindre si tu prends cher dans les vestiaires”, “un cuisinier sans torchon, c’est comme une femme qui ne porte pas de jupe : ça ne sert à rien” ou encore “Vous êtes là pour appâter les hommes”, sont autant de phrases que l’on peut retrouver sur le compte Instagram Je dis non chef qui relaye des témoignages de phrases sexistes entendues dans les salles ou les cuisines des restaurants. Milieu éminemment masculin, les fourneaux des grands restaurants sont maintenant exposés publiquement. Grâce à ce compte Instagram lancé par Camille Aumont, des dizaines de témoignages ont déjà été relayés sur sa page. Active dans le combat féministe, c’est également elle qui se trouve derrière le compte Je m’en bats le clito, qui parle en toute décontraction de sexualité au féminin. Le monde sexiste de la gastronomie, elle le connaît bien puisqu’elle a elle-même travaillé dans certains des plus grands établissements de Paris. Via sa page, elle fait la lumière sur ce qui se cache réellement derrière notre assiette et sur le sexisme qui sévit en cuisine.

#onveutduvrai

“Alors on va leur dire ce qu’on veut. On va leur dire qu’on en a marre de voir des photos parfaites sur nos feeds. On va leur dire qu’on ne veut plus voir des femmes qui nous font complexer, mais des femmes qui nous font sentir BIEN”. Leur dire à qui ? Aux marques. En mai dernier, Louise du compte Instagram My Better Self lançait le hashtag #onveutduvrai à grands coups de ventres potelés, de cuisses généreuses, de cellulite et de vergetures pailletées. Elle exprimait ainsi son ras-le-bol de ne trouver sur les réseaux sociaux que des photos de femmes aux corps toujours identiques et soi-disant “parfaits”. Et elle poussait un coup de gueule contre les personnes qui se permettent de juger les corps sans scrupules.

“Soyons clair. “Bon” ou “mauvais”, c’est un jugement. On peut trouver un croissant bon. Ou on peut trouver un croissant mauvais. Personne ne t’a demandé de le faire avec le corps humain. Le corps d’une femme n’est pas là pour recueillir ton jugement. Le corps d’une femme n’est pas là pour satisfaire ton bon vouloir. La seule à qui ce corps doit plaire, c’est à cette femme. Qu’elle soit épanouie. Qu’elle se sente bien. Qu’elle soit heureuse. Et cela, tous les corps le permettent”. Avec Julie de Douze Février, elles ont lancé le mouvement et appellent les femmes à montrer leur corps tel qu’il est et à en être fière.

#balancetonmetro

En France, 100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports, explique le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh). Au niveau européen, une étude de JUMP, une entreprise sociale qui lutte pour l’égalité homme-femme, révèle que 98% des femmes ont déjà subi des comportements sexistes dans la rue ou dans les transports en commun. En deux mots, toutes les femmes sont concernées. En avril dernier, le hashtag #balancetonmetro a vu le jour sur Twitter. Il dénonce le harcèlement subi par les femmes dans le métro parisien. Les histoires sont infinies, se répètent et on se rend compte à quel point les agressions sexuelles dans les transports en commun et en rue sont devenues banales.

#Thisisnotconsent

Concernant les agressions sexuelles, toujours, le hashtag #thisisnotconsent (littéralement, “ceci n’est pas un consentement”, en français), remonte à la fin de l’année 2018. En novembre de cette année-là, un homme avait été acquitté du viol d’une jeune fille de 17 ans. La cour a jugé le port d’un string par la victime comme motif suffisant pour décréter qu’elle était consentante. Cette absurdité a mis le feu aux poudres et les Irlandais sont descendus dans les rues pour rappeler à tous que les habits ne constituent pas une excuse pour le viol et, ce, à grands coups de #thisisnotconsent, accompagné d’un dessin de string.

Plus tard, le hashtag devenu viral accompagnait également des phrases prononcées par les femmes pour exprimer leur refus. “Non”, ce n’est pas un consentement. Avoir dit oui un jour et pas le lendemain n’est pas un consentement. Porter une jupe n’est pas un consentement. Se maquiller n’est pas un consentement. Être en état d’ivresse n’est pas un consentement. Juste pour rappel.