La communauté scientifique tente de développer des méthodes qui ne nécessitent pas d’animaux.

Le nombre d’animaux utilisés dans nos laboratoires est en constante diminution. À titre d’exemple, en Wallonie, il est passé de 379.018 en 2004 à 234.258 en 2015 et représente environ la moitié des expériences pratiquées sur des animaux en Belgique.

Face à ce constat et à une prise en compte sans cesse plus importante du bien-être animal dans notre société, les scientifiques et les défenseurs des animaux se demandent si nous pourrons un jour nous passer entièrement des expériences sur les animaux.

Cette question complexe était au centre d’un colloque organisé mardi par le ministre wallon du Bien-être animal, Carlo di Antonio.

De 8h30 à 18h, les orateurs, tantôt représentants du monde de la recherche, tantôt représentants des associations de défense du bien-être animal, se sont relayés pour faire part de leur point de vue et de l’état des lieux en la matière.

Malheureusement, les scientifiques s’accordent pour dire que les expériences sur les animaux sont encore indispensables. "Pour des raisons de sécurité de base, il est inconcevable de transférer directement à l’homme des éléments qui ont été testés seulement à travers des expériences de laboratoire, à base de matériaux synthétiques ou de cellules. Les expériences animales restent l’instrument le plus fiable pour traduire progressivement l’application de nouvelles expériences", explique Liesbeth Geris, professeur à l’Unité de Recherche Biomécanique de l’ULg.

Malgré cela , la communauté scientifique européenne s’attelle à développer des méthodes alternatives.

Parmi elles, l’utilisation de modèles informatiques permettrait de réduire considérablement le nombre d’animaux impliqués dans les études, tout en conservant la même efficacité.

Ces modèles informatiques permettent même de remplacer entièrement certaines expériences. L’utilisation de cellules souches fait partie des multiples méthodes alternatives évoquées.

Pour les défenseurs des animaux, ces initiatives s’avèrent tout de même décevantes et ils regrettent le peu de moyens destinés au développement de ces méthodes.

Ainsi, d’après André Ménache, vétérinaire et directeur d’Antidote, une association soucieuse du bien-être animal, moins de 5 % des budgets de la recherche vont à des projets s’intéressant aux méthodes alternatives à l’expérimentation animale.

La Belgique championne de la souffrance en laboratoire

C’est une étude de Bruxelles Environnement de 2014 qui le révèle : sur les 97.803 expériences menées sur des animaux en région bruxelloise en 2014, 29 %, étaient qualifiées de sévères. Autrement dit, ce sont des expériences qui peuvent entraîner la mort de l’animal, des maladies graves irréversibles, ou de la souffrance psychique.

Dans la catégorie des expériences dites sévères, on retrouve aussi les chocs électriques auxquels les animaux ne peuvent pas échapper et les exercices physiques forcés qui mènent à l’épuisement.

D’après André Ménache, directeur de l’association Antidote Europe, qui lutte contre les expérimentations scientifiques menées sur les animaux, ces terribles statistiques font de la Belgique un des plus mauvais élèves mondiaux, si pas le pire, en la matière.

Notre pays se situe par exemple loin devant la Suisse dont la proportion d’expérimentations jugées sévères est de 9 %. "Cette situation est inacceptable si on prend en compte plusieurs sondages réalisés auprès du grand public qui révèlent un sentiment de malaise à l’égard de l’expérimentation animale. Une des priorités éthiques de la protection animale est de solliciter un examen approfondi sur l’utilisation des animaux au nom de la science", revendique cet ardent défenseur de la cause animale.

En 2015, une initiative citoyenne européenne demandant la fin de la vivisection avait récolté plus d’un million de signatures de citoyens à travers l’Europe.

Le texte avait alors été présenté devant la Commission Européenne qui avait répondu négativement aux revendications de la pétition sous le motif qu’un arrêt total de l’expérimentation sur les animaux freinerait la recherche européenne et la mettrait en retard par rapport au reste du monde.