Plus on en sait sur cet organe, plus les femmes et les filles auront une place complète dans la société et la sexualité, c'est le message d'un documentaire plein d'espoir, "Mon nom est clitoris".

Le clitoris, un mot encore tabou, démonisé pendant des siècles, à l’existence reniée. Au XVIe siècle, c’est le scientifique Fallope, (celui des trompes), qui en parle et le dessine et ensuite il disparaît, un organe encore quasi-inconnu, réservé à la sphère de l’intime… et encore ! Au XXe siècle, il n’avait toujours pas une place pour lui dans les quelques manuels d’éducation sexuelle où l’on abordait plus ou moins timidement le schéma du sexe masculin (où il ne manquait rien) et celui du sexe féminin… où il manquait le clitoris sur quasi toutes les planches ! Quant à la masturbation, elle était abordée uniquement au masculin (en affirmant que la masturbation commence chez les jeunes garçons à la pré-adolescence et que c’est normal... ouf). Rien sur le plaisir au féminin.

Et dire que cette petite excroissance (la partie immergée d’un iceberg de tissus) est le seul organe existant dédié seulement à ça !

Cela dit, au XXIe, tout est en train de sérieusement changer. Il s'affiche dans les rues, les université, on le brandit comme un moyen de montrer l'égalité, il est porteur d'une grande histoire féministe. Et si le pourcentage de filles, de femmes, d’hommes jeunes ou moins capables de dessiner un clitoris est peu élevé, il est de plus en plus brandi comme symbole d’un nouveau dialogue autour de la sexualité féminine. « Le nommer, c’est le faire exister, dans l’esprit comme dans le corps, dans la pensée comme dans la sensation », explique Daphné Leblond, l’une des réalisatrices de « Mon nom est clitoris », film documentaire qui va à la rencontre de 12 jeunes filles/femmes françaises ou belges entre 20 et 25 ans environ.

C’est d’ailleurs en leur demandant de dessiner un clitoris que commence le film de ces deux cinéastes dans la vingtaine qui ont voulu universaliser leurs discussions sur le thème de la sexualité.


Leur point de départ : «c’était la censure dont la masturbation et le plaisir chez les filles faisaient l’objet. On s’est rendu compte que la première fois que nous avions abordé ce sujet, l’une comme l’autre, nous avions déjà 21 ans ! »

Leur objectif : faire parler ces jeunes filles dans l’intimité de leur chambre, de genre, de sexe dans toutes ses dimensions, de leur sexe, des premières fois, de « ce qui se passe » face à la sexualité. Le tout, face caméra, une façon de briser le tabou.

Le résultat : il devrait être vu dans toutes les écoles secondaires ! Ces 12 jeunes femmes très différentes se posent des questions, avouent leurs obstacles, racontent leurs victoires, ce en quoi elles croient, ce qui les bloque et pourquoi, mais surtout elles parlent de leur vie intime, avec une pointe de gêne qui fait toute l’authenticité de ce film utile. Chemin faisant, elles se rendent compte des inégalités à laquelle elles sont confrontées, alors même que certaines d’entre elles n’y pensaient pas, les idées éclosent, les mots fusent, les rires aussi. On est loin d’un constat d’impuissance ! Même si le chemin est encore long : « Ce qui est dingue, c’est qu’on commence par interdire la masturbation aux femmes, on les fait se sentir sales, immorales, et puis après on leur reproche de ne pas le faire, de ne pas connaître leur propre corps ! Sans transition. C’est la double peine. Ces échecs peuvent déjà être humiliants, mais si en plus on se fait traiter d’incapable, de prude, de névrosée… », remarque Daphné Leblond.

Le documentaire est porteur d’une parole libre. C’est questionnant, émouvant, drôle. Et chacun apprendra plein de choses et saura pour toujours comment fonctionne un clitoris et… comment le dessiner.

> « Mon nom est clitoris », à voir en avant-première avec les réalisatrices le 12 novembre dans le cadre du festival Pink Screens au Cinéma Aventure à Bruxelles. Le 13/11 à Charleroi, Quai 10. Sortie officielle le 20/11.