François Coune a 24 ans. Originaire de Trooz, il est installé à Bruxelles où il est influenceur. Plus précisément bookstragrammeur, comprenez qu’il partage avec ses quelque 20 000 followers ses coups de cœur et ses déceptions (www.livraisondemots.com), essentiellement dans le domaine littéraire mais pas que. Il est le plus suivi en Belgique dans ce domaine. À la demande de sa communauté qui le pressait d’en dire un peu plus sa vie privée lors de ses posts sur les réseaux sociaux, il a publié une photo de lui avec son compagnon à l'occasion de leurs trois ans de vie commune. Une image tout ce qu’il y a de plus ordinaire montrant deux jeunes hommes heureux se prenant dans les bras l’un de l’autre.

© INSTAGRAM

Cette photo, Instagram l’a censurée. Le filtre apposé dessus a flouté l’image et fait apparaître cette mention : “Contenu sensible. Cette vidéo pourrait contenir du contenu violent ou explicite”. Les captures d’écran en attestent.

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Angèle s’en mêle

Sensible, deux personnes du même sexe qui s’enlacent ? Violent ? Explicite ? Prévenu par ses abonnés, François Coune constate les faits et très vite il reçoit le soutien de nombreuses personnes parmi lesquelles Thomas Gunzig et Angèle qui, forte de 3 millions de followers sur le réseau social, s’est fendue d'une réaction sur sa story : “Sérieux @Instagram ? ! ? SÉRIEUX ????”.

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“Sur le coup, quand j’ai vu ça, je me suis senti mal. Je me suis demandé ce qui m’arrivait et pourquoi on me faisait ça, nous confie François Coune. Ce sont des journalistes qui les premiers ont contacté Instagram pour savoir pourquoi la photo a été censurée. Ils ont tous reçu des versions différentes, la dernière réponse en date étant qu’il s’agit d’une erreur technique. Mais moi, je n’y crois pas du tout. Instagram aurait aussi dit qu’ils allaient me communiquer tous les détails mais à ce jour, je n’ai toujours rien reçu. Je leur ai aussi envoyé un mail voici trois jours, sans nouvelle depuis. Pourtant, ils ont mon adresse email, mon numéro de téléphone, etc.”

”Mon téléphone était brûlant”

Depuis dix jours, le Bruxellois dit avoir reçu des milliers de marques de soutien. “Il y a encore deux ou trois jours, j’en recevais toutes les secondes. Mon téléphone était brûlant, j’ai dû tout couper. J’ai fait une longue story pour remercier tous ces gens parce que ça m’a fait beaucoup de bien de recevoir cet amour. Comme je remercie aussi Angèle pour ce qu’elle a fait.”

Curieusement, les associations LGBT n’ont pas encore pris contact avec le bookstagrammeur belge. Mais celui-ci entend effectuer cette démarche parce qu’il y a des choses à faire autour de cette affaire, estime-t-il. Entre autres en faveur des personnes qui ont des difficultés à faire leur coming out.” “C’est ma nature, je suis quelqu’un de positif et je vais continuer à lever le poing”, dit-il.

Les followers affluent

Non sans humour, François Coune juge que s’il s’agit bien d’une erreur technique, une entreprise comme Instagram a les budgets pour se doter de robots plus puissants pour éviter ce type de bug. Plus sérieusement, s’il n’entend pas porter plainte, il attend aujourd’hui du réseau social une explication et surtout des excuses.

Quoi qu’il en soit, cette polémique n’a pas que des effets négatifs, tant s’en faut. “Je ne vous le cache pas, mon nombre de followers a fameusement augmenté, confie-t-il. Depuis la semaine dernière, j’en compte 900 de plus. C’est tant mieux même si je me serais bien passé de la manière.”

Une fois qu’Instagram se sera excusé, François Coune sait déjà la première chose qu’il fera : “poster une photo où j’embrasse mon compagnon. Parce que l’autre photo, j’aurai pu la faire avec n’importe qui”. Et pas question pour lui de tourner le dos au réseau social car c’est son outil de travail. “Ce n’est pas Instagram qui me rémunère mais j’ai des contrats avec différents événements littéraires comme la Foire de livre de Bruxelles, à Paris, etc. C’est ma carte de visite. Si je n’ai plus mon compte, je ne sais plus trop ce que je fais.”